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Vers des systèmes de données pour une éducation inclusive : intégration des indicateurs de situation de handicap dans le SIGE en Eswatini

EMIS

L’Eswatini renforce la collecte des données sur les situations de handicap grâce au SIGE

L’objectif de développement durable 4 (ODD 4) met l’accent sur l’accès de l’ensemble de la population à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et à la promotion des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Dans ce cadre, le ministère de l’Éducation et de la formation (MoET) en Eswatini travaille activement à inclure les apprenantes et apprenants en situation de handicap dans les processus courants de suivi et de collecte de données. Cet effort vise à garantir qu’aucune personne ne soit laissée pour compte, surtout en ce qui concerne la planification de l’éducation et l’allocation des ressources.

Mobilisation des parties prenantes dans la collecte des données sur le handicap

En décembre 2024, un groupe de travail technique (GTT) sur l’identification et l’intervention précoces en matière de handicap a été créé. Il réunit des personnes représentant les principaux ministères et départements du gouvernement d’Eswatini. Avec le soutien de l’UNICEF, le GTT a élaboré des lignes directrices pour intégrer les indicateurs liés au handicap dans le système national d’information de gestion de l’éducation (SIGE). Ces lignes directrices visent à assurer des données fiables et à jour pour améliorer les services et interventions liés au handicap au sein du SIGE et des services d’information de gestion en santé.

À la suite de l’élaboration de ces lignes directrices, les responsables d’établissement de 960 écoles publiques et privées ont reçu des instructions sur leur utilisation. Par la suite, l’unité du SIGE du MoET a commencé à mettre à jour les instruments de collecte de données du SIGE pour inclure des variables relatives au handicap. Cela a été suivi par la formation du personnel enseignant référent sur l’outil révisé et une sensibilisation sur les besoins en données concernant le handicap.

En février 2025, l’unité du SIGE du MoET, en partenariat avec HISP Uganda, a organisé une réunion de mobilisation avec des personnes représentant les écoles primaires et secondaires spécialisées dans l’accueil des enfants sourds ou malentendants. L’objectif était de déterminer comment améliorer la collecte de données sur les apprenantes et apprenants en situation de handicap dans les principaux exercices de suivi courants, à savoir :

  • L’enquête du 16e jour : enquête rapide menée le 16e jour d’école de l’année afin de recueillir des données clés sur l’inscription et la fréquentation
  • Le recensement annuel de l’éducation : exercice annuel complet de collecte de données couvrant toutes les écoles afin de recueillir des renseignements détaillés sur les apprenantes et les apprenants, le personnel enseignant et les ressources scolaires
  • La collecte de données au niveau individuel : collecte de renseignements détaillés sur chaque apprenante et apprenant, et membre du personnel enseignant, tels que les données démographiques et les résultats scolaires, pour éclairer la planification

Cette mobilisation a permis de mieux comprendre l’approche pédagogique utilisée par les écoles d’éducation inclusive, ce qui était essentiel pour son intégration dans le SIGE. Étant donné que l’approche pédagogique des écoles spécialisées en Eswatini diffère, il était primordial de réviser les formulaires de collecte de données afin de s’assurer qu’ils reflètent fidèlement leur structure, leur permettant ainsi une collecte précise des renseignements. Par exemple, contrairement à la progression habituelle de la 1re à la 6e année, dans les écoles spécialisées, les apprenantes et les apprenants ont la possibilité de suivre soit la filière académique, soit la filière professionnelle.

Filières éducatives dans les écoles d’éducation inclusive

Il a été constaté que les écoles spécialisées d’Eswatini proposent deux filières éducatives distinctes. Cette distinction est essentielle pour adapter les outils de collecte de données, permettant ainsi aux écoles d’éducation inclusive de distinguer clairement le nombre d’apprenantes et d’apprenants dans la filière professionnelle de ceux de la filière académique. Cela facilite la planification et le suivi des tendances d’inscription dans chaque filière.

  1. Filière académique
    • Suit le programme d’éducation officiel national.
    • L’admission s’effectue en fonction des compétences, des capacités et du type de handicap de l’apprenante ou de l’apprenant.
  2. Filière professionnelle
    • Vise à développer des compétences pratiques pour favoriser l’autonomie et l’insertion professionnelle future des apprenantes et apprenants.
    • Au niveau secondaire, les apprenantes et apprenants qui entrent dans cette filière suivent d’abord une classe passerelle pour s’orienter avant de poursuivre dans le niveau approprié. 

Révision des outils de collecte de données

À la suite de cette mobilisation, des révisions importantes ont été apportées à l’enquête du 16e jour, au recensement annuel de l’éducation et aux outils de collecte de données au niveau individuel pour s’adapter au contexte unique de l’éducation inclusive. Ces mises à jour ont été guidées par les recommandations des parties prenantes et s’appuient sur la version courte de l’ensemble de questions sur le fonctionnement du groupe de Washington (WG-SS).

Qu’est-ce que la version courte de l’ensemble de questions sur le fonctionnement du groupe de Washington (WG-SS)?

Le questionnaire WG-SS est un outil reconnu mondialement pour la collecte de données sur le handicap, reposant sur six questions simples. Plutôt que de demander si quelqu’un « a un handicap », il se concentre sur les domaines fonctionnels essentiels suivants : voir, entendre, marcher, se souvenir, s’occuper de soi et communiquer.

Dans le domaine de l’éducation et pour le SIGE, cet outil est important, car il permet de produire des données fiables et comparables sur les enfants et les jeunes présentant des difficultés fonctionnelles. Cela permet aux ministères et aux écoles de mieux comprendre les obstacles à l’apprentissage, de concevoir des politiques inclusives et de suivre les progrès vers une éducation équitable.

L’intégration du questionnaire WG-SS est particulièrement significative, car elle permet au système de saisir non seulement la présence de difficultés fonctionnelles, mais également leur gravité ou leur impact fonctionnel.

Par exemple, parmi les apprenantes ou apprenants ayant une déficience visuelle, le système distingue maintenant celles et ceux qui sont complètement aveugles, qui nécessitent des dispositifs d’assistance comme des machines à braille, et qui ont une déficience visuelle partielle et peuvent seulement avoir besoin de lunettes correctrices. De plus, la section sur l’inscription des apprenantes et apprenants dans le recensement annuel de l’éducation a été mise à jour pour recueillir le nombre d’apprenantes et d’apprenants, ventilé par âge et par sexe dans chaque niveau.

Ces données détaillées sont essentielles pour une planification efficace, l’élaboration du budget et l’allocation ciblée des ressources.

De plus :

  • Les matières couvertes par la filière professionnelle de l’éducation inclusive ont été intégrées dans le recensement annuel de l’éducation afin de soutenir le suivi de la disponibilité des manuels scolaires et des supports pédagogiques pour ces personnes.
  • Les outils de collecte de données au niveau individuel dans les écoles ont été révisés pour inclure à la fois la structure unique des niveaux d’enseignement et les matières propres à l’éducation inclusive.
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Figure 1 : Recueil des besoins en éducation inclusive dans le recensement annuel de l’éducation par filière académique et selon le niveau, l’âge et le sexe (en anglais)

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Figure 2 : Recueil des besoins dans le recensement annuel de l’éducation selon le niveau et le type de handicap (en anglais)

Après la mise en œuvre de ces ajustements, les écoles spécialisées dans l’éducation des apprenantes sourdes et des apprenants sourds ont réussi à tester le système en saisissant des données réelles. Cela a permis de mieux comprendre la préparation et la pertinence du système pour une utilisation à l’échelle nationale. 

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Figure 3 : Données des écoles spécialisées recueillies en 2025 : Apprenantes et apprenants en situation de handicap par niveau scolaire et filière académique

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Figure 4 : Apprenantes et apprenants en situation de handicap par type de déficience et degré de déficience

Selon le cycle d’établissement de rapports de 2025, 17 écoles ont transmis des données sur l’éducation inclusive au moyen du jeu de données du 16e jour, tandis que le recensement annuel de l’éducation a enregistré des contributions provenant de 129 écoles primaires et 14 écoles secondaires. Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de renforcer continuellement les capacités, afin de garantir que toutes les écoles soient en mesure de recenser et de rapporter correctement les besoins des apprenantes et des apprenants.

Un renforcement des compétences pour un enrichissement des données

En juin 2025, plus de 400 membres référents du personnel enseignant de niveau zéro partout en Eswatini se sont réunis pour suivre une formation organisée par le ministère de l’Éducation et de la formation, avec le soutien de l’UNICEF. L’accent a été mis sur l’inclusion : comment rendre les classes accueillantes pour chaque enfant et comment représenter ces réalités dans le SIGE.

Les enseignantes et enseignants ont appris les bases de la langue des signes auprès de l’Association nationale de personnes sourdes, ce qui leur a permis de communiquer avec les apprenantes malentendantes et les apprenants malentendants et de mieux rapporter leurs besoins dans le cadre du SIGE.

Ce qui a rendu cette formation unique, c’est son approche intersectorielle. Le ministère de la Santé a présenté comment repérer les principales étapes du développement, aidant le personnel enseignant à orienter les parents vers un soutien précoce tout en améliorant la qualité des rapports dans le SIGE. L’unité des besoins en éducation spécialisée a introduit des normes nationales, garantissant que les écoles appliquent des pratiques cohérentes.

Des classes aux politiques

Des compétences renforcées et des données de meilleure qualité circulent désormais des salles de classe vers le SIGE, offrant aux personnes décisionnaires une vision plus claire des besoins des apprenantes et apprenants. Avec des données plus solides, l’Eswatini peut cibler le soutien là où il est nécessaire, en veillant à ce que les besoins divers en matière d’éducation inclusive des apprenantes et apprenants soient pris en compte.

Principaux enseignements tirés

1. L’importance de la mobilisation des parties prenantes

L’amélioration efficace des systèmes nécessite une mobilisation précoce et continue des parties prenantes, en particulier celles intervenant dans les écoles. Ces personnes possèdent une connaissance approfondie du fonctionnement quotidien, des défis et des modèles pédagogiques des écoles. Leurs analyses sont essentielles pour s’assurer que les ajustements des outils de collecte de données soient adaptés au contexte, qu’ils soient pratiques et répondent aux besoins réels.

2. L’inclusion va au-delà de l’existence d’écoles spécialisées

L’éducation inclusive nécessite une approche systémique qui comprend :

  • l’intégration des apprenantes et apprenants en situation de handicap dans la planification et l’élaboration du budget à l’échelle nationale;
  • la préparation du personnel enseignant à recenser et soutenir les divers besoins d’apprentissage;
  • l’adaptation des outils de gestion des données pour représenter des besoins précis, les matières et la structure des niveaux scolaires des apprenantes et apprenants;
  • la garantie d’un accès à des supports pédagogiques adaptés et à des dispositifs d’assistance.
3. Les systèmes de données doivent représenter la diversité des parcours d’apprentissage

Les apprenantes et apprenants en situation de handicap peuvent suivre la filière académique ou la filière professionnelle. Les systèmes de données doivent capturer ces parcours, y compris les matières basées sur les compétences et les structures de progression, afin que toutes les apprenantes et tous les apprenants soient visibles et correctement soutenus.

4. Les tests d’utilisabilité renforcent la préparation du système

Les apprenantes et apprenants en situation de handicap peuvent suivre la filière académique ou la filière professionnelle. Les systèmes de données doivent capturer ces parcours, y compris les matières basées sur les compétences et les structures de progression, afin que toutes les apprenantes et tous les apprenants soient visibles et correctement soutenus.

5. Les données sur le handicap doivent représenter la gravité et l’impact fonctionnel

L’utilisation d’outils standardisés, tels que la version courte de l’ensemble de questions sur le fonctionnement du groupe de Washington, permet de mieux comprendre la gravité et l’impact fonctionnel des handicaps, et pas seulement leur existence. Ce degré de détail est essentiel pour prendre des décisions éclairées sur l’allocation des ressources et les services de soutien.

Prochaines étapes

  1. Assurer l’interopérabilité des données : la prochaine priorité du MoET est de créer des mécanismes clairs permettant au SIGE de se connecter à d’autres systèmes qui suivent les apprenantes et apprenants en situation de handicap. Cela permettra de réduire les doublons, d’éviter les lacunes dans les données et de dresser une image plus précise des besoins des apprenantes et apprenants.
  2. Diffuser et utiliser les données : au-delà de la collecte, les données doivent guider les décisions. Le MoET conçoit des tableaux de bord personnalisés pour rendre l’information sur les apprenantes et apprenants en situation de handicap plus facile à visualiser et à utiliser. L’objectif est de diffuser cette information au moyen de rapports produits régulièrement et de courts bulletins pour faciliter leur compréhension et améliorer l’échange d’information. 
     

Conclusion

Les systèmes de données inclusifs transforment les données en possibilités pour chaque apprenante et apprenant. L’examen du SIGE pour recueillir des données inclusives rapproche l’Eswatini de l’ODD 4 qui vise à « garantir une éducation de qualité inclusive et équitable ».

Ressources connexes

Dimension du handicap dans le système national d’information de gestion de l’Eswatini
Cette ressource explore comment le SIGE de l’Eswatini intègre les données sur le handicap, offrant des perspectives pratiques pour concevoir des systèmes d’éducation inclusive. C’est une référence précieuse pour toutes les personnes qui s’attachent à renforcer les données en faveur de l’équité et de l’inclusion dans l’éducation. Accédez à la ressource complète ici (en anglais seulement).