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Solutions hautement technologiques dans des contextes peu technologiques : soutenir les leçons axées sur les compétences dans les classes éloignées

Du 3 au 5 décembre 2025, les pôles A19 et A21 du programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE KIX) ont organisé ensemble la quatrième édition du Symposium continental sur la recherche et l’innovation en éducation du GPE KIX en Afrique, au Sénégal. Réunissant plus de 150 parties prenantes clés de l’éducation, le thème du symposium était « Développement professionnel des enseignant.e.s en Afrique subsaharienne à l’ère de l’intelligence artificielle : enjeux et perspectives pour la recherche en éducation ». Au fil des trois jours, les personnes participantes ont exploré l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans tout le système éducatif, du niveau gouvernemental aux salles de classe, et ont participé à des discussions approfondies sur le potentiel et les limites de l’IA.

La Dre Miriam Mason-Sesay, directrice nationale d’EducAid Sierra Leone, qui a assisté au symposium et a fait part de son travail innovant avec l’IA pour l’éducation, s’exprime dans cet article de blogue.

Par: Dr. Miriam Mason-Sesay | Posted:
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La Dre Miriam Mason-Sesay, directrice nationale d’EducAid Sierra Leone, au quatrième Symposium continental du KIX

En tant que directrice nationale d’EducAid Sierra Leone, on m’a invitée à présenter notre travail innovant sur l’IA pour l’éducation à la quatrième édition du Symposium continental sur la recherche et l’innovation en éducation du GPE KIX en Afrique.

EducAid est une organisation sierra-léonaise à but non lucratif et un organisme de bienfaisance enregistré au Royaume-Uni, qui gère des écoles et des programmes d’amélioration scolaire œuvrant à transformer l’éducation en Sierra Leone. Nous travaillons depuis plus de 30 ans à offrir une éducation de haute qualité en Sierra Leone, passant d’une seule école desservant 20 élèves en septembre 2000 à une équipe solide de 150 personnes desservant plus de 250 000 élèves en 2025-2026. EducAid collabore avec le ministère de l’Éducation pour s’assurer que les équipes ministérielles de district disposent du soutien nécessaire pour lutter contre la pauvreté d’apprentissage. 

En Sierra Leone, l’éducation fait face à d’importants défis, notamment un ratio personnels enseignants/élèves élevé, des infrastructures limitées et une pauvreté d’apprentissage généralisée. Par exemple, en 2022, 95,8 % des enfants de 10 ans étaient incapables de lire et de comprendre un texte adapté à leur âge [1]. Avec du personnel enseignant souvent responsable de grandes classes et peu d’écoles ayant accès à l’électricité ou à Internet (6 % et 1 %, respectivement), l’offre d’une éducation de qualité dans cet environnement limité en ressources constitue une tâche colossale. À ces problèmes s’ajoute le faible niveau de qualification chez de nombreux membres du corps enseignant, ce qui a un impact supplémentaire sur la qualité de l’enseignement offert.

D’autres pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à ces difficultés. Cependant, comme l’illustre ce projet, grâce à une approche centrée sur les personnes, nous pouvons collaborer et utiliser l’IA pour lutter contre la pauvreté d’apprentissage, même dans les contextes les plus éloignés.

La haute technologie adaptée au contexte local

En 2022, EducAid a utilisé l’IA pour l’éducation en collaboration avec Fab AI, qui a créé un robot conversationnel faisant appel à l’IA axé sur ChatGPT : TheTeacher.AI. Ce robot exploite la technologie GPT-3.5 Turbo et est soigneusement adapté au contexte local où le réseau mobile comprend 93 % de couverture 2G (83 % de 3G et 50 % de 4G). Il fonctionne sur WhatsApp, une plateforme réputée pour sa fiabilité même lorsque la connexion réseau est mauvaise et pour sa faible consommation de données, ainsi que pour sa popularité auprès du personnel enseignant, ce qui permet d’y accéder même dans les écoles les plus isolées.

EducAid a mené des recherches préliminaires pour déterminer les niveaux de soutien nécessaires pour que le personnel enseignant se sente à l’aise pour poser des questions au robot conversationnel et lui permettre de poser des questions de manière à obtenir des réponses utiles. L’outil a été testé en évaluant l’utilisation des membres du corps enseignant dans quatre groupes (40 personnes par groupe) avec diverses expositions : 

  1. Groupe 1 : accès anticipé et introduction à l’outil.
  2. Groupe 2 : accès et courte formation d’introduction.
  3. Groupe 3 : accès, formation complète sur la rédaction d’invites, et encadrement.
  4. Groupe 4 : groupe témoin avec accès uniquement au cours du dernier mois, sans autre soutien.

Nous avons constaté que les membres du personnel enseignant bénéficiant d’encadrement étaient ceux qui utilisaient le plus l’outil, pour les utilisations les plus diversifiées. Malgré les défis très réels en matière d’infrastructure, TheTeacher.AI a illustré le rôle prometteur que l’IA peut jouer pour soutenir l’éducation dans des contextes où les ressources sont faibles. Nous avons appris que la réussite de la mise en œuvre dépendait d’une adaptation minutieuse aux conditions locales, d’une supervision humaine continue pour assurer la qualité et la précision, ainsi que de l’exploitation des technologies déjà intégrées à l’utilisation communautaire.

De plus, ce travail a révélé que TheTeacher.AI pouvait répondre à divers besoins éducatifs, notamment la clarification des concepts, la planification des leçons et le soutien à la rédaction. Jusqu’à présent, le personnel enseignant a utilisé cet outil pour générer des listes de vocabulaire, des textes explicatifs, des questions pratiques, entre autres, dans divers domaines comme les mathématiques, les sciences et l’économie des affaires. 

« Pour les élèves de nos écoles, les outils d’IA permettent de donner des leçons qui correspondent à l’apprentissage individuel. Que vous ayez besoin d’aide supplémentaire ou que vous puissiez aller plus vite, l’IA vous aide à apprendre à votre propre rythme. » Responsable d’établissement d’EducAid, district de Port Loko, mars 2025.

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Les élèves d’EducAid Maronka pratiquent leurs compétences en lecture.

Forte de ce succès, EducAid appuie davantage le personnel enseignant dans le cadre de l’utilisation d’une gamme d’outils d’IA qui vont au-delà du robot conversationnel sur WhatsApp, et l’encourage à les utiliser pour concevoir des cours motivants. En se servant des outils d’IA (Pi.ai, Perplexity.ai, ChatGPT, CoPilot et même Suno.ai pour créer des chansons d’apprentissage), les membres du corps enseignant apprennent à créer du contenu, des glossaires, des activités et des questions (y compris des questions d’examens pratiques). Le résultat : des leçons plus dynamiques, un éloignement de la simple présentation de contenu et la compréhension de la manière de créer des occasions d’acquérir des compétences et de les pratiquer.

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Un membre du corps enseignant prépare des documents – la technologie de pointe et la technologie rudimentaire en action.

La haute technologie au service de l’apprentissage par le jeu

Mais comment le personnel enseignant peut-il donner accès à ces documents à une classe d’enfants s’il n’y a pas d’imprimante et si le papier est limité? C’est là que la partie « technologie rudimentaire » entre en jeu! Le corps enseignant a adapté l’outil à ses contextes peu technologiques en transcrivant les résultats de l’IA sur des boîtes de carton aplaties, créant ainsi une gamme d’activités pouvant être utilisées dans un carrousel. 

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Un carrousel à cinq postes peut comprendre des activités comme celles mentionnées ci-dessus.

Pendant un cours de 60 minutes, les élèves peuvent passer 10 minutes sur un carrousel, en ayant commencé par une courte introduction et terminé par un billet de sortie. En mettant l’accent sur la création d’occasions pour les enfants de s’exercer à parler, écouter, lire et écrire en utilisant le vocabulaire approprié, les leçons sont plus interactives et mènent à un apprentissage authentique et à l’acquisition de compétences.

Cette approche, dans les premières observations, a permis aux membres du personnel enseignant et aux établissements, même ceux manquant de ressources, de se concentrer sur la création d’occasions de pratiquer les compétences fondamentales et d’utiliser un vocabulaire acquis récemment pour expliquer les concepts étudiés. Cela crée des outils pour un enseignement centré sur les élèves et sur les compétences.

À mesure que nous étendons ce travail à un nombre d’écoles plus important (en 2026, nous travaillerons avec plus de 1 200 établissements au primaire et au secondaire), nous évaluerons son impact sur la charge de travail du corps enseignant et l’apprentissage des élèves. 

Bien que la majorité des présentations du symposium aient porté sur les utilisations de la haute technologie pour lesquelles l’IA peut servir à gérer et à améliorer les services éducatifs, la présentation d’EducAid s’est démarquée en démontrant comment les élèves ne disposant pas d’appareils peuvent bénéficier d’une solution améliorée par l’IA. Un engagement fort lors du symposium confirme à la fois la pertinence des approches inclusives peu technologiques et le besoin mondial croissant de solutions d’IA pratiques qui ne laissent aucun élève de côté. Nous remercions le GPE KIX, une initiative conjointe avec le Centre de recherches pour le développement international, de permettre de faire part de ce travail qui aide à combler l’écart numérique et à réduire la pauvreté d’apprentissage dans l’un des pays les plus mal desservis au monde. 


[1] On définit la pauvreté d’apprentissage comme le pourcentage d’enfants de 10 ans (scolarisés ou non) qui ne peuvent pas lire un texte de 150 mots adapté à leur âge, https://www.educationpolicydashboard.org/indicator_timetrend/sle/44/44.