Renforcer la confiance des élèves de l’enseignement pré-primaire, un pays à la fois

Par: Johanna Son Posted: 01 octobre 2021
Ce blog a été commandé par le Partenariat mondial pour l'échange de connaissances et d'innovation en éducation. L'auteur, Johanna Son de CommsConsult, examine un projet KIX qui permet à plus d'enfants de rester à l'école en créant des classes préprimaires d'été dans les communautés éloignées.
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Source: Plan International

Lorsque Vone a rejoint un cours d’été d’école pré-primaire dans son village de montagne reculé de la République démocratique populaire lao (RDP lao) en 2015, elle était silencieuse et timide.

Lorsqu’elle a commencé l’école primaire dans une plus grande ville à l’automne, elle était pleine d’assurance. Grâce au programme d’été, le milieu scolaire, y compris tout ce qui concerne les leçons, les jeux et les habitudes comme le lavage des mains, était désormais un territoire familier.

À l’époque, Bounsy Pheusavanh, enseignant à l’école primaire, a déclaré qu’il pouvait voir une différence chez les enfants inscrits à LEARN, le cours d’apprentissage d’été pour les communautés éloignées mis en œuvre par Plan International et ses partenaires. « Je pense que cela contribue également à développer les compétences sociales des enfants », a-t-il ajouté. « Vone m’aide toujours à diriger la lecture, le chant et les jeux. »

Le projet LEARN a connu un tel succès en RDP lao qu’il est maintenant mis à l’essai au Cambodge et en Tanzanie. Ces trois pays peuvent sembler être des points disparates sur la carte du monde, mais ils partagent des défis similaires pour apporter l’enseignement pré-primaire aux enfants les plus difficiles à atteindre. Ensemble, ils sont au cœur du projet de recherche de trois ans soutenu par le Programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation intitulé Adapter, tester et mettre à l’échelle un modèle éprouvé d’enseignement préscolaire d’été au Cambodge, au Laos et en Tanzanie ou le projet LEARN Plus en abrégé.

 

Ce qui a fonctionné en RDP lao

La phase pilote en RDP lao a touché 350 000 enfants de communautés de villages montagneux et isolés situés dans la région nord du pays. Dans ces régions, « il n’y a pas de possibilités (d’apprentissage pré-primaire), ce qui constitue un grand défi pour eux (les enfants) lorsqu’ils arrivent en première année », explique Vilasack Viraphanh, responsable de l’éducation et des compétences à Plan International Lao. En plus du fait que beaucoup de ces enfants ne parlent que leur langue locale, certains ne s’inscrivent jamais en première année.

Mais LEARN a apporté ces possibilités d’apprentissage pré-primaire dans les villages, et les résultats étaient prometteurs.

Selon le rapport d’évaluation du projet LEARN établi par l’American Institute for Research (AIR), 77 % des enfants participant au projet pilote (79 % de garçons et 75 % de filles) se sont inscrits en première année à temps, contre 63 % des enfants habituels ayant suivi un enseignement pré-primaire en RDP lao. 

Les cours d’été ont également été un espace d’apprentissage pour les parents. 

« La première chose qu’ils voient, c’est que leurs enfants, lorsqu’ils entrent en première année, n’ont pas peur, parce qu’ils sont déjà familiarisés avec l’apprentissage, la rencontre de camarades, ou même les enseignants », a déclaré Vilasack Viraphanh. « Les parents voient que c’est bien pour leurs enfants d’être avec l’enseignant, parce que (l’école) est un endroit sûr, et ils ont aussi plus de temps pour aller à la ferme ou pour faire d’autres travaux. »

Justine Turner, gestionnaire principale de programme à Plan International Canada, déclare : « Ce que nous avons proposé de faire, c’est de prendre ce modèle, dont nous avons maintenant montré qu’il fonctionne dans ce contexte (Laos). Nous voulons voir s’il peut être utilisé dans différents contextes, s’il peut être adapté et si nous aurons des résultats similaires pour ce qui est d’aider les gouvernements à atteindre les régions mal desservies ». 

LEARN Plus touchera 30 communautés éloignées au Laos, au Cambodge et en Tanzanie, et fournira un modèle exploitable aux gouvernements d’ici 2023. « L’intention n’est pas de remplacer l’enseignement pré-primaire », précise Justine Turner. « L’idée est que nous pouvons aider les gouvernements à disposer d’une mesure palliative, alors qu’ils tentent de déployer l’enseignement pré-primaire universel. Dans l’intervalle, nous leur suggérons donc d’adopter ce modèle souple et peu coûteux, qui pourrait être utilisé pour atteindre ces communautés jusqu’à ce qu’ils puissent le fournir dans tout le pays. »

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Les cours de pré-primaire d'été permettent de scolariser plus d'enfants de manière prolongée. Source : Plan International
 

Mettre l’échelle le succès : Comment ils s’y prennent au Cambodge et en Tanzanie

Le KIX vise à renforcer les systèmes éducatifs dans les pays du Sud, et l’un des domaines prioritaires est l’apprentissage précoce. Si les taux bruts de scolarisation (TBS) mondiaux dans l’enseignement pré-primaire sont passés de 32 % en 2000 à 50 % en 2017, les progrès ont été inégaux, y compris au sein des pays. Selon les chiffres de l’ONU, le TBS dans l’enseignement pré-primaire de la RDP lao était de 63 % en 2017, celui du Cambodge de 40 % et celui de la Tanzanie de 43 %. 

D’après l’expérience de la RDP lao, le modèle de programme est le suivant : pendant les 10 semaines précédant le début de l’école primaire en septembre, les enfants âgés de cinq ans suivent des cours quotidiens de pré-primaire, dispensés par les mêmes enseignants qu’ils rencontreront en première année. 

Ils ont des leçons et des activités portant sur le langage, la socialisation, le jeu et les arts, dans un cadre respectueux de l’égalité des sexes. Les habitudes saines comme le lavage des mains sont également incluses.

Les élèves utilisent des manuels scolaires en langue locale dans le cadre de programmes élaborés par le gouvernement local, les responsables de l’éducation, les enseignants et les experts techniques et du projet. Les salles de classe existantes ou des lieux comme les centres communautaires peuvent être utilisés pour l’apprentissage pré-primaire. Les salles de classe, les aires de jeux ou les centres de lecture peuvent être construits par les parents et les habitants du village, comme cela a été le cas en RDP lao.

« Les leçons pour reproduire l’approche au Cambodge et en Tanzanie se concentrent sur la valeur de la contextualisation et de la participation locale », affirme Vilasack Viraphanh. « Il est important de reconnaître les divers systèmes de gouvernance politique, et la collaboration avec d’autres partenaires dans l’éducation précoce. »

Depuis début 2021, les équipes du projet LEARN Plus de Plan International peaufinent les versions locales pour les déployer au Cambodge et en Tanzanie. Dans les premiers jours, une grande partie du travail consiste à évaluer les besoins et les défis, et à cartographier les villages à inclure en utilisant des indicateurs tels que l’éloignement, la faible densité de population et la disponibilité des services de base. 

Des calendriers sont mis en place pour correspondre aux calendriers scolaires des pays et à la durée des journées d’école (la RDP lao avait des journées de 7 heures). Les manuels scolaires sont révisés pour éviter de perpétuer les stéréotypes; par exemple, que les tâches ménagères sont réservées aux femmes et que l’école est plus destinée aux garçons qu’aux filles.

« Il s’agit de dire : qu’est-ce que nous avons déjà? Sur quoi pouvons-nous nous appuyer? Parmi l’existant, qu’est-ce qui fonctionne vraiment bien? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas? Il s’agit donc d’une sorte de processus de co-conception », a déclaré Justine Turner. « Quels sont les éléments qui empêcheraient les enfants, en particulier les filles, de suivre un enseignement pré-primaire? Quelles sont les attitudes des membres de la communauté, du gouvernement? »

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Une activité de groupe habituelle dans un cours de pré-primaire d'été en RDP lao. ​​Source : Plan International
 

Progrès dans la RDP Lao – Le projet pilote se transforme en politique

Les travaux sont plus avancés en RDP lao. Selon Vilasack Viraphanh, il y a maintenant des cours de pré-primaire d’été dans une cinquantaine de villages d’Oudomxay ainsi qu’à Bokeo, l’une des provinces de la RDP lao les plus diversifiées sur le plan ethnique. Le gouvernement laotien dirige l’expansion, LEARN Plus apportant son soutien à l’analyse des coûts et à la mise en oeuvre. Le gouvernement intègre également ces cours dans sa politique d’éducation nationale.

Faisant partie des pays soi-disant les moins développés, la RDP lao est souvent décrite comme un bénéficiaire de l’aide au développement. Mais elle est à la fois apprenante et enseignante dans le cadre du projet LEARN Plus – et un point de rencontre entre les pays du Sud qui souhaitent mettre à l’essai et développer leurs connaissances en matière de scolarisation initiale et prolongée d’un plus grand nombre de leurs enfants. Avec le Cambodge et la Tanzanie, ces pays sont des laboratoires d’apprentissage dans le cadre d’un programme d’école d’été qui associe des leçons de la vie réelle à une touche locale afin de préparer davantage d’élèves à l’école primaire – et au-delà.