Remarques à l’issue d’une visite sur le terrain au Malawi

Par: Peggy Kelly Posted: 05 octobre 2022
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Source: UNICEF/Peggy Kelly

L’école est un lieu d’apprentissage – où les enfants doivent se sentir en sécurité et soutenus pour grandir et développer leurs connaissances et leurs compétences. Nous savons où les enfants vont à l’école et, grâce aux données sur les compétences d’apprentissage fondamentales, nous savons s’ils apprennent. Mais pour mieux comprendre pourquoi certains enfants apprennent à l’école et d’autres pas, nous devons en savoir davantage sur les différents espaces que les enfants habitent – les différents espaces qu’ils appellent école. Lors d’une récente visite à l’école primaire Msambachinkho de Lilongwe, au Malawi, la question « Les enfants apprennent-ils vraiment? » a été réorientée pour moi pour devenir « Comment les enfants peuvent-ils apprendre, compte tenu de l’environnement d’apprentissage? »

Fréquentation scolaire à l’école primaire de Msambachinkho

Ma visite a commencé par un arrêt dans le bureau de la direction de l’établissement, dont les murs étaient couverts de politiques et de procédures de l’école, dont une sur l’éducation inclusive, ainsi que de registres de présence détaillés par classe. On nous a dit que la fréquentation des élèves atteint son maximum au cours du premier mois de l’année scolaire et du dernier mois, lorsque les examens ont lieu. En raison des perturbations causées par la pandémie de COVID-19, l’année scolaire typique a été modifiée, avec un début en janvier et une fin en septembre. Le jour de notre visite, les enfants venaient de terminer leurs examens finaux et le personnel enseignant était en train de les noter.

Une salle de classe sans pupitres, tables ou chaises

Bien que les cours soient techniquement terminés pour l’année scolaire, la direction de l’établissement nous a demandé de visiter une classe de sixième année afin que nous puissions nous faire une idée d’une classe typique. En entrant dans la classe, quelque 100 enfants, tous assis par terre, faute de pupitres, de tables ou de chaises, m’ont chaleureusement souhaité la bienvenue. Aussi bondée que la salle de classe m’ait paru, on m’a dit qu’il pouvait y avoir jusqu’à 200 enfants dans la salle un jour d’école habituel. Cela représente 200 enfants, assis par terre ou debout, avec deux membres du personnel enseignant qui font de leur mieux pour offrir un enseignement pertinent. Les seuls outils d’apprentissage dont disposait le personnel enseignant étaient un mur peint en noir qui servait de tableau noir, et un manuel scolaire commun à quatre enfants.

12 salles de classe pour 5 000 élèves

En regardant autour du campus de l’école, j’ai pu voir qu’il y avait 12 salles de classe au total, avec deux salles de classe dans chaque bâtiment en briques. Avec une fréquentation totale de plus de 5 000 élèves de la première à la huitième année dans ces 12 salles de classe, il fallait deux équipes d’enfants, un groupe venant le matin et l’autre l’après-midi. Les enfants les plus jeunes venaient pour l’équipe du soir, afin de ne pas avoir à marcher jusqu’à cinq kilomètres à l’aube. Mais même avec ces quarts de temps d’école, deux classes d’enfants devaient être combinées pour accueillir tout le monde, ce qui explique pourquoi 200 enfants pouvaient se trouver dans une seule classe à la fois.

Les données sur l’éducation pourraient être la clé du changement

La raison principale de ma présence au Malawi était de co-animer un atelier dans le cadre de l’initiative MICS-EAGLE de trois jours conçu pour aider les fonctionnaires du gouvernement, principalement du ministère de l’Éducation, à mieux utiliser leurs données sur l’éducation. C’était l’occasion d’explorer les données sur l’éducation relatives à ce que j’ai vu à l’école primaire – sur l’assiduité et les ratios personnels/élèves, par exemple – et d’imaginer des politiques pour améliorer la situation. L’un des principaux objectifs de l’atelier était de renforcer la capacité des personnes participantes concernant l’interprétation des données, à analyser les indicateurs et à utiliser les données sur l’éducation des ménages pour la formule, la planification et le suivi des politiques éducatives. Dans le même temps, nous visions à créer un cadre de personnel qualifié à tous les ordres de gestion du système éducatif pour défendre des décisions fondées sur des données probantes à l’échelle du district, de la région et du pays.

Que pouvons-nous faire? Utiliser les données pour favoriser le changement

Au total, nous avons analysé des données sur huit domaines principaux liés à l’éducation au Malawi : accès et achèvement, compétences, éducation inclusive, apprentissage précoce, enfants non scolarisés, redoublement et abandon, protection de l’enfance et télétravail. Travaillant en groupes, les personnes participantes ont discuté de la manière d’interpréter les données, d’estimer les implications des données et enfin de formuler des recommandations d’action basées sur les données. Plusieurs des groupes ont été heureux de pouvoir se concentrer sur les taux de redoublement au primaire, car les données ont montré que les taux de redoublement culminaient à environ 30 % en cinquième année. Les personnes participantes ont estimé qu’étant donné que les enfants de la première à la quatrième année étaient enseignés dans la langue locale, avec un cours d’anglais, puis que l’enseignement passait à l’anglais en cinquième année, le changement brusque de langue d’enseignement pouvait être à l’origine des taux de redoublement en cinquième année. Pour remédier à cette situation, les personnes participantes ont suggéré d’introduire progressivement plus de cours d’anglais avant la cinquième année, afin que les enfants soient mieux préparés au passage complet à l’enseignement en anglais en cinquième année, et n’aient donc pas besoin de redoubler.

D’autres pays ont montré la voie

Cet atelier au Malawi était le dernier d’une série d’ateliers nationaux animés dans le cadre de l’initiative MICS-EAGLE, dont l’objectif principal est d’aider les gouvernements à transformer leurs données sur l’éducation en politiques fondées sur des données probantes. Dans les semaines et les mois qui ont suivi les ateliers, nous avons vu émerger un certain nombre de politiques fondées sur les données probantes. En Géorgie, par exemple, une nouvelle législation visant à réduire le taux d’abandon scolaire des enfants issus des ménages les plus pauvres a été adoptée après que les données ont mis le doigt sur le problème. De même, au Togo, le gouvernement a émis un décret visant à supprimer les frais de scolarité pour les élèves du secondaire issus des ménages les plus pauvres afin de prévenir le taux élevé d’abandon scolaire au sein de cette population. Et au Kiribati, le gouvernement a révisé son plan d’apprentissage à distance pour y inclure la livraison à domicile de paquets de papier afin d’atteindre les 50 % d’enfants qui, selon les données, n’ont pas accès à Internet et à la radio. Nous prévoyons que le Malawi utilisera également ses données sur l’éducation pour proposer des changements en matière de politiques visant à améliorer les chances d’apprendre de tous les enfants.