Pourquoi certaines écoles ont de meilleurs résultats que d'autres?

Par: Megan Lloyd-Laney Posted: 01 octobre 2021
Ce blog a été commandé par le Partenariat mondial pour l'échange de connaissances et d'innovation en éducation. L'auteur, Megan Lloyd-Laney de CommsConsult, explique comment un projet KIX aide les ministères de l'Éducation nationale à déterminer pourquoi certaines écoles obtiennent de meilleurs résultats que d'autres. En analysant les données existantes pour rechercher une « déviance positive », le projet révèle les facteurs qui sous-tendent de bons résultats.
Two school children
Source: UNICEF

Un peu plus de la moitié des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire ne peuvent pas lire et comprendre un texte simple à l'âge de 10 ans. La Banque mondiale estime que dans les pays à faible revenu, ce chiffre atteint même neuf enfants sur dix. Mais même dans les contextes les plus difficiles, il existe des écoles « aberrantes », qui obtiennent de meilleurs résultats d'apprentissage, et dont les enfants sont plus heureux et font de grandes choses par la suite. Pourquoi certaines écoles ont de meilleurs résultats que d'autres? Grâce à un projet financé par le Programme Partage de connaissances et d'innovations du Partenariat mondial pour l'éducation (KIX), l'UNICEF répondra à cette question en étudiant ces exemples de « déviance positive ».

À première vue, la « déviance positive » n'est pas quelque chose que vous voudriez voir sur le bulletin scolaire de votre enfant. Mais cela n'a rien de mauvais. La déviance positive est tout ce qui se distingue – de manière positive – de la masse. 

« Les données ne doivent pas dormir, elles doivent parler! » déclare Ted Chaiban, Directeur régional Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les systèmes éducatifs du monde entier collectent déjà de grandes quantités de données auprès de leurs écoles, mais « trop souvent, les données ne sont utilisées que pour produire de longs rapports remplis de tableaux denses, et rien d'autre ».

L'initiative Data Must Speak (DMS) (Les données doivent parler), élaborée par l'UNICEF en 2014, utilise une méthodologie astucieuse pour repérer les aberrations et poser la question : Pourquoi cela se produit-il? Qu'est-ce qui fait que certaines écoles obtiennent de meilleurs résultats que leurs homologues dans le même contexte et avec le même niveau de ressources? Que pouvons-nous apprendre de ces « bonnes pratiques »? L'initiative DMS explore les « influences invisibles » sur les résultats scolaires. Il peut s'agir de ce qui se passe à l'intérieur de l'école, comme les valeurs de leadership, les pratiques pédagogiques, les comportements institutionnels, les normes sociales, mais aussi de ce qui se passe à l'extérieur de l'école, comme la participation des parents et de la communauté à l'administration scolaire et le soutien apporté par les autorités locales. La recherche vise à déterminer si et comment ces facteurs influencent les résultats.

DMS« Certaines écoles sont « atypiques » et obtiennent de meilleurs résultats d'apprentissage et des enfants plus heureux.»  Source: UNICEF
​​​​​​

Répondre aux besoins au niveau national

La recherche est innovante tant dans sa méthodologie que dans sa réalisation. La plupart des projets de recherche classiques ont une méthodologie uniforme et vendent l'idée – sous la forme de réponses ou de solutions promises - aux décideurs du pays où se déroule la recherche. Mais ce projet place les pays au cœur du processus. « La beauté de la recherche que nous menons est qu'elle peut être véritablement adaptée à la demande et au contexte national, pays par pays », explique Renaud Comba, gestionnaire de l'initiative DMS à l'UNICEF. « Ainsi, bien que la méthodologie que nous utilisons soit le même ensemble de processus robustes, les sujets de déviance positive que nous étudions seront très probablement différents dans chaque contexte. Le choix est fait par le ministère et s'aligne sur ses priorités en matière d'éducation. »

« L'adhésion précoce des partenaires gouvernementaux du pays est vraiment importante », déclare Florencio Ceballos, spécialiste de programme principal, KIX. « Une participation significative dès le début augmente le potentiel d'innovation et la probabilité que le ministère utilise les résultats – parce que la recherche a été façonnée par ce qu'il veut savoir et conçue pour alimenter directement ses priorités en matière de politiques. »

Les pôles régionaux du KIX joueront un rôle important dans la transmission des différentes expériences des pays participant au projet, des processus qu'ils ont suivis pour co-créer l'approche de recherche et les résultats, et de la manière dont ils ont guidé les politiques et les pratiques. Les bonnes idées et les approches innovantes se répandent déjà au-delà des frontières. Au Népal, l'indice d'équité élaboré dans le cadre de l'initiative DMS a suscité l'intérêt d'autres pays désireux d'élaborer une stratégie d'allocation de subventions scolaires basée sur l'équité. « Nous n'avons fait qu'effleurer les possibilités de transfert entre les pays du Sud », déclare Renaud Comba. « C'est vraiment passionnant. 

DMS« Les influences invisibles peuvent avoir un effet important sur les performances scolaires.»​ Source: UNICEF

L'approche se fait remarquer

Le projet DMS soutenu par le KIX était initialement conçu pour être déployé dans six pays d'Afrique - Burkina Faso, Éthiopie, Madagascar, Niger, Togo et Zambie – et deux pays d'Asie : la RDP Lao et le Népal. Encouragée par cette approche, l'initiative a récemment été élargie au Mali grâce à un financement de NORAD et le sera - prochainement – en Tanzanie grâce à un financement de la Fondation Aga Khan et de la Fondation Jacobs. En Tanzanie, la recherche est menée auprès d'une cohorte de plus de 60 écoles dans le cadre de l'initiative Schools2030, un programme de recherche-action longitudinale et d'amélioration de l'apprentissage d'une durée de 10 ans, mené à l'échelle mondiale auprès de 1 000 écoles dans 10 pays. 

La recherche de l'initiative DMS reconnaît que les défis éducatifs et les priorités en matière de politiques diffèrent d'un pays à l'autre, et que les pays souhaitent participer à la recherche de la nature du problème et de la manière de le résoudre. Ce n'est pas sorcier, mais c'est inhabituel. 

« La recherche est menée conjointement avec les parties prenantes des pays, notamment les ministères de l'Éducation, afin de s'assurer qu'elle guide leurs priorités en matière d'éducation au niveau national », explique Renaud Comba, gestionnaire de l'initiative DMS à l'UNICEF. « Lorsqu'il sera plus avancé, le projet DMS du KIX réunira les pays participants pour qu'ils apprennent les uns des autres sur les meilleures méthodologies de recherche à utiliser ainsi que sur les comportements et pratiques déviants positifs constatés dans d'autres pays. »

Le gouvernement du Laos a adopté avec enthousiasme l'approche de déviance positive. Au cours de la dernière décennie, le pays a fait des progrès constants dans l'élargissement de l'accès à l'éducation. Cependant, plusieurs sources de données, dont celles récentes du programme Southeast Asia Primary Learning Metrics (SEA-PLM), ont révélé que de nombreux élèves laotiens n'atteignaient pas les normes d'apprentissage attendues en mathématiques et en alphabétisation. Il a voulu savoir pourquoi et ce qu'il peut apprendre de ces écoles déviantes positives.

Il s'en est suivi une période de discussion intense entre le personnel de recherche de l'initiative DMS et le ministère de l'Éducation et des Sports du la RDP Lao afin d'explorer la conception, les méthodes et les responsabilités relatives à la recherche. Ensemble, ils ont convenu d'un plan de travail visant à répondre à leurs questions. 

Ce processus intensif s'aligne sur les principes de la recherche visant à renforcer les capacités des gouvernements partenaires, aux niveaux national, régional et local, en matière de gestion des données et de leur utilisation pour les processus de suivi, de planification et de budgétisation, ainsi que d'apprentissage par les pairs.

Au début des discussions avec le ministère, deux adaptations sont apparues : la première consistait à inclure un grand échantillon d'écoles pour permettre une analyse quantitative. Ce point est jugé important pour permettre au ministère de convaincre les autres membres du gouvernement de la nécessité de toute réforme politique et budgétaire en s'appuyant sur de solides données probantes; et la seconde a consisté à former les élèves-maîtres pour qu'ils administrent les enquêtes au lieu de faire appel à des entrepreneurs privés – une véritable mise en œuvre conjointe de la recherche!

DMS« Le gouvernement du Laos a adopté avec enthousiasme l'approche de la déviance positive.» Source: UNICEF
 

Pivoter en réponse à la COVID-19

La COVID-19 a accompagné le déploiement du projet dès le début. Elle a posé des défis uniques aux processus essentiels, mais n'a pas complètement arrêté les progrès. Au Népal, la pandémie a entraîné un ajustement des priorités gouvernementales, des restrictions de voyage et une diminution des possibilités pour le KIX d'interagir avec les parties prenantes essentielles dans le pays et de nouer des relations.

Plutôt que de mettre l'ensemble de la recherche « en attente », l'équipe de recherche de l'UNICEF a mis en œuvre une série de huit séances de « co-création technique » avec des experts techniques du ministère de l'Éducation, de la Science et de la Technologie, du Centre pour l'éducation et le développement des ressources humaines, du Bureau de révision de l'éducation et des universitaires locaux entre janvier et mai 2021. En fonction de la demande et sous la direction du ministère de l'Éducation, des Sports et de la Technologie du Népal, des séances supplémentaires de « co-création pratique » ont été organisées pour le personnel de niveau intermédiaire et subalterne du ministère sur la préparation et l'analyse des données.

M. Shankar Bahadur Thapa, sous-secrétaire du Centre pour l'éducation et le développement des ressources humaines du ministère, a déclaré : « La collaboration avec l'équipe de recherche de l'initiative DMS est précieuse, car on ne nous présente pas seulement les résultats de l'analyse, mais nous cherchons aussi à savoir quels éléments de cette analyse peuvent être intégrés dans notre système de données pour renforcer ses caractéristiques analytiques. »

Renaud Comba, gestionnaire de l'initiative DMS à l'UNICEF, a déclaré : « La recherche n'aurait pas été ce qu'elle est sans le KIX. Il s'agit de l'une de ces rares subventions de recherche qui correspondent exactement aux ambitions et à la vision de l'initiative DMS. Cela nous permet de travailler conjointement avec les ministères de l'Éducation pour co-créer la recherche dès le départ - afin qu'elle réponde exactement à leurs priorités en matière de politiques ».