Pour une IA au service d’une éducation inclusive
Lors de la Semaine de l’apprentissage numérique (Digital Learning Week – DLW), organisée du 2 au 5 septembre 2025 par l’UNESCO, à Paris, des personnes expertes, décideuses et praticiennes de l’éducation du monde entier ont échangé sur les opportunités et les défis de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les systèmes éducatifs. Le pôle KIX Afrique 21 était au rendez-vous.
Recherche, données et collaboration : des leviers incontournables
Les discussions ont mis en lumière des constats convergents : la nécessité de renforcer la recherche, de garantir des cadres éthiques solides et de contextualiser les solutions pour répondre aux besoins des élèves les plus vulnérables.
Les différentes présentations ont souligné l’importance de la recherche et de l’analyse de données comme fondement des politiques éducatives. L’IA offre de nouvelles possibilités, qu’il s’agisse de l’apprentissage personnalisé, du soutien au personnel enseignant ou de la planification éducative basée sur l’analyse des données. Mais ces innovations ne peuvent être crédibles et durables que si elles s’appuient sur des données probantes et sur une collaboration renforcée entre gouvernements, bailleurs, chercheurs et communautés éducatives.
S’il est admis que l’IA peut être une force de transformation positive, la vigilance reste de mise : son développement doit être accompagné par des politiques publiques éclairées, des standards clairs et une participation inclusive de toutes les parties prenantes.
Objectifs et mise en œuvre pour un encadrement et l’éthique de l’IA
L’appropriation locale et la contextualisation restent des conditions essentielles pour que l’IA contribue réellement à l’équité et à l’inclusion éducatives.
Concernant les pays d’Afrique francophone et lusophone du KIX Afrique 21, les objectifs suivants ont été déterminés :
- Mettre en place des équipes techniques nationales pour le développement de référentiels de compétences en IA ;
- Former les membres des équipes techniques nationales sur l’intégration et l’utilisation de l’IA dans les systèmes éducatifs ;
- Faire l’état des lieux de l’intégration et de l’utilisation de l’IA dans les systèmes éducatifs des pays pilotes identifiés ;
- Développer un référentiel de compétences en IA ;
- Mettre en œuvre les plans de formation ;
- Traduire des ressources numériques en langues nationales.
La mise en œuvre permettant d’atteindre ces objectifs suit un déroulement en trois phases qui a débuté en septembre 2025. Dans un premier temps, des pays pilotes ont été identifiés pour procéder à la revue des référentiels des compétences en IA, à savoir le Bénin, le Burundi, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Suite à ce processus, le passage à l’échelle sera initié, avec une restitution et un partage d’expérience aux autres pays partenaires du pôle KIX Afrique 21, une campagne de plaidoyer au sein de ces pays pour promouvoir la nécessité de cadres institutionnels régulant l’usage éthique de l’IA éducatif, ainsi que la définition d’une feuille de route pour la réplication généralisée de l’expérience pilote. Enfin, dans un troisième temps, le suivi et l’amélioration du projet sera assuré par des évaluations régulières de la situation, accompagnées de la définition et l’application des mesures d’ajustement requises.
Perspectives régionales et internationales
Les initiatives locales présentées lors de la session de la Semaine de l’apprentissage numérique, Perspectives régionales sur l’IA en éducation : inclusion, politiques et innovations locales, ont démontré le potentiel de l’IA et du numérique pour répondre aux défis éducatifs à travers le monde. En Asie du Sud-Est, certains pays développent des solutions adaptées pour l’apprentissage des élèves à besoins particuliers ; en Afrique francophone, des projets innovants menés par le secteur privé, comme au Burkina Faso, permettent aux enfants déplacés d’accéder à l’éducation à distance malgré des contextes de crise ; en Europe, des standards commencent à émerger pour encadrer le développement et l’utilisation d’outils d’IA éducative.
Les expertes et experts ont rappelé que le problème n’est pas l’outil en lui-même, mais la manière dont il est conçu et encadré. La nécessité d’impliquer le personnel enseignant, les parents, les communautés et les gouvernements dans la gouvernance des systèmes d’IA a été fortement mise en avant. Mme Eunice Smith, Chef du bureau et représentante de l’UNESCO en Namibie, modératrice et analyste de la session, a souligné aux termes de ces partages d’expérience :
« L’IA est tellement puissante qu’elle peut s’adapter à différents besoins. Le problème n’est pas l’outil, le problème n’est pas l’IA. Le problème, c’est de l’encadrer correctement. Si nous ne donnons pas aux entreprises un objectif éthique, elles ne s’en occuperont pas. Et c’est notre responsabilité de poser des questions, de trouver des réponses : nous devons insister sur les standards que nous voulons, et ce que nous voulons faire avec cette technologie ».
Afin de répondre à cette problématique, Dr Maïmouna Sissoko-Touré a rappelé les perspectives pour l’intégration de l’IA dans les systèmes éducatifs portée par le Pôle KIX Afrique 21 :
- L’intégration de l’IA dans les politiques nationales avec une vision humaine et inclusive
- Le développement des compétences IA pour les élèves et le personnel enseignant
- La poursuite de la coopération Sud-Sud et le partage de bonnes pratiques
- L’implication des communautés éducatives, chercheuses et chercheurs, ministères, partenaires dans une approche collective
- Le soutien aux recherches et innovations pédagogiques émergentes en matière d’IA
A l’issue de ces échanges, la nécessité de travailler pour une intégration juste, éthique et inclusive dans les systèmes éducatifs se révèle plus cruciale que jamais.
Retrouvez les vidéos des sessions plénières ici !