N’oubliez pas les garçons : l’équité en matière d’éducation dans les contextes des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI)
Cody Ragonese, Equimundo, au nom du consortium du projet Lifting barriers (UNESCO, Equimundo et l’Université d’East Anglia [UEA])
Dans la lutte pour une éducation équitable et de qualité dans le monde, un aspect crucial de la conversation portant sur l’égalité des genres est souvent négligé : la façon dont les normes et les stéréotypes de genre ont des répercussions négatives sur les garçons et les jeunes hommes dans leurs trajectoires éducatives. Plus tôt cette année, lors de la conférence 2025 de la Comparative and International Education Society (CIES) à Chicago, j’ai eu l’occasion de réaliser une présentation dans le cadre d’un panel qui a attiré l’attention sur la démobilisation croissante des garçons à l’égard de l’éducation dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI).
La table ronde, intitulée « Don’t Forget About the Boys : Educational Equity in Weak Context (N’oubliez pas les garçons : l’équité en matière d’éducation dans les contextes des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire) », était animée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et comprenait des présentations de Room to Read, du Caribbean Innovation & Leadership Lab et de Raise Your Voice Saint Lucia. Au cours de la séance, j’ai pris la parole pour faire part des premières idées de l’initiative du programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE KIX), intitulée Lever les barrières : Des garçons instruits pour l’égalité des genres, soutenue par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et dirigée par un consortium composé de l’UNESCO, d’Equimundo et de l’Université d’East Anglia. L’initiative Lever les barrières explore la façon dont la lutte contre les normes de genre masculines néfastes et restrictives peut garder les garçons à l’école, tout en aidant à cultiver des valeurs et des pratiques équitables entre les genres, à la fois dans l’éducation et par celle-ci.
La séance comprenait un aperçu de la démobilisation des garçons à l’égard de l’éducation par Matthias Eck, présentant des données cruciales tirées du rapport mondial de l’UNESCO, ainsi que de la publication « Le prix de l’inaction : les coûts privés, fiscaux et sociaux à l’échelle mondiale des enfants et des jeunes qui n’apprennent pas » (UNESCO 2024). Les organismes Raise Your Voice Saint Lucia et le Caribbean Innovation & Leadership Lab ont présenté les premiers résultats de leur projet intitulé « Renforcement des capacités pour l’équité entre les genres et l’inclusion dans les écoles des Caraïbes » – un projet soutenu par le GPE KIX dans trois pays des Caraïbes orientales visant à approfondir la compréhension des racines et des causes des différences entre les genres dans les résultats scolaires et la façon dont l’école peut innover pour améliorer l’équité. L’organisme Room to Read a fait part de leçons tirées de son expérience au sein de la communauté de la Global Boyhood Initiative, ainsi qu’une réflexion portant sur le programme « Life Skills for Equality » que l’organisme a mis en œuvre avec les garçons de 7e et 8e année au Cambodge, et sur la façon dont il continue de façonner les programmes de l’organisme à l’échelle mondiale. Ensemble, nous avons exploré comment diagnostiquer et aborder la crise relative à la démobilisation des garçons à l’égard de l’éducation à l’aide d’approches transformatrices de genre et propres au contexte fondées sur des données probantes provenant du monde entier. Dans ce blogue, j’aborde ces idées, en fournissant des perspectives et des exemples de notre travail dans le cadre de l’initiative Lever les barrières.
Préparer le terrain : pourquoi le cadrage est-il important?
L’un des aspects les plus distinctifs de notre travail dans le cadre de l’initiative Lever les barrières est d’établir le cadre le plus efficace pour guider les actions de nos projets et lutter contre la démobilisation des garçons en faisant la promotion de l’égalité des genres. L’approche générale de notre projet repose sur deux convictions fondamentales :
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Ce n’est pas un jeu à somme nulle : Soutenir la mobilisation des garçons à l’égard de l’éducation ne signifie pas restreindre l’avancement des filles. Lorsque l’éducation des garçons comprend l’apprentissage de valeurs liées à l’égalité des genres, les garçons améliorent non seulement leur propre bien-être, mais deviennent également de puissants alliés dans le mouvement pour une société plus juste et plus égalitaire. Notre approche embrasse ce double impératif en mettant l’accent à la fois sur la mobilisation éducative et l’égalité des genres, ce qui signifie que toutes les actions de nos projets profiteront non seulement aux garçons, mais aussi aux filles et à la société en général.
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Le problème, ce n’est pas les garçons : Nous ne voyons pas les garçons comme des problèmes à régler. Nous appliquons plutôt une optique axée sur les atouts, c’est-à-dire que les garçons ont des valeurs, des forces et des aspirations qui peuvent être mises à profit pour favoriser à la fois leur réussite scolaire et leur développement positif en tant que personnes qui font preuve équité entre les genres. Nous reconnaissons que la démobilisation des garçons est souvent une réponse à des normes de genre rigides qui découragent l’expression émotionnelle, la recherche d’aide et la connexion – des traits essentiels à l’apprentissage et au bien-être. L’objectif n’est donc pas de « réparer » les garçons, mais plutôt de chercher à remodeler les environnements, les attentes et les messages culturels qui limitent leur potentiel et les amènent à se déconnecter de l’école. Lorsque nous nous attaquons aux pressions relatives au genre qui façonnent le comportement des garçons, nous créons un espace pour des expressions plus saines et plus mobilisées de l’enfance.
Comprendre les racines de la démobilisation des garçons
En 2023, plus de 139 millions de garçons en âge d’aller à l’école primaire et secondaire n’étaient pas scolarisés. Comme en témoigne le rapport mondial de l’UNESCO sur la démobilisation des garçons à l’égard de l’éducation, bien que les filles soient moins susceptibles d’entrer à l’école, dans de nombreux pays, les garçons sont plus à risque que les filles de redoubler, d’avoir de mauvais résultats d’apprentissage et de ne pas terminer leurs études. Depuis le début des années 2000, la démobilisation des garçons est une préoccupation dans les contextes à revenu élevé ou intermédiaire supérieur, ou dans des régions comme l’Amérique latine et les Caraïbes, mais l’élan politique reste limité à l’échelle mondiale. En outre, de nouvelles tendances émergent. Les écarts entre les genres dans certains pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI) – où les filles étaient historiquement moins susceptibles d’aller à l’école – se réduisent et plusieurs pays font face à un « renversement » des écarts entre les genres, avec moins de garçons qui progressent et terminent leurs études. Dans tous les pays, les données probantes relatives à la démobilisation des garçons sont plus répandues au secondaire.
Bien que la démobilisation des garçons à l’égard de l’éducation fasse l’objet d’une attention croissante, l’étude mondiale intitulée Lever les barrières, dirigée par l’Université d’East Anglia (UEA), a révélé que peu d’initiatives ont exploré ses causes profondes sous l’angle de l’égalité des genres, en particulier dans les PFR-PRI. L’étude exploratoire, qui devrait être publiée à l’automne 2025, décrit les initiatives existantes et vise à combler les lacunes dans notre compréhension de la démobilisation scolaire des garçons.
Les répercussions des normes de genre néfastes et restrictives
L’une de nos principales conclusions est que les normes de genre masculines nuisibles et restrictives constituent un facteur important de la démobilisation des garçons à l’égard de l’éducation. Dans divers contextes culturels, nous avons constamment observé que les garçons intériorisent des convictions comme si le fait de demander de l’aide est un signe de faiblesse, et exceller à l’école est « peu masculin », ou encore qu’ils n’aient pas besoin d’éducation pour leur rôle attendu de soutiens financiers. Ces convictions ne sont pas formées de manière isolée; elles sont plutôt activement renforcées par les écoles, les pairs, les médias, la culture et la société en général.

Des pratiques prometteuses qui fonctionnent
Nous avons examiné des programmes axés sur l’égalité des genres au Cambodge, en Inde, au Malawi, au Portugal, au Royaume-Uni et en Zambie afin d’étudier des innovations prometteuses en vue de maintenir la mobilisation des garçons à l’égard de l’école grâce à une éducation transformatrice de genre. Les résultats des six interventions indiquent que les interventions transformatrices de genre à l’échelle de l’école qui misent sur les forces des garçons et favorisent la masculinité inclusive représentent la voie la plus prometteuse.
Les programmes efficaces et durables ne sont pas simplement des programmes supplémentaires ou parascolaires, mais ils visent plutôt à soutenir la formation complète des personnels enseignants, les programmes d’études et les activités de mobilisation communautaire et à créer des cultures scolaires inclusives et équitables. Voici certains des modèles qui ont le plus de répercussions :
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Adopter une approche globale de l’école, harmonisant le leadership, l’enseignement et la mobilisation des élèves autour de valeurs communes.
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Privilégier l’interactivité et la réflexion, en donnant aux garçons – et aux filles – l’espace nécessaire pour leur permettre de remettre en question les normes de genre et développer des compétences socio-émotionnelles.
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Mettre l’accent sur les masculinités positives, en renforçant des valeurs comme la responsabilité, l’empathie, la collaboration et le respect.
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Former les personnels enseignants, ainsi que les animatrices et animateurs en proposant à ces personnes un soutien continu, et pas seulement des ateliers ponctuels.
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Faire participer les personnes responsables des enfants et les communautés, en aidant à renforcer les normes équitables au-delà des portes de l’école.
Ces résultats appuient l’approche établie d’Equimundo en vue de relever ce défi. Au cœur de cette approche se trouve un message de potentiel et de partenariat. Nous exhortons les écoles ainsi que les personnels de l’éducation à mobiliser les garçons avec empathie et ambition, en reconnaissant leurs réalités vécues tout en les mettant au défi de devenir eux-mêmes, de répondre à des attentes élevées et de contribuer de manière importante à un monde plus équitable. Les garçons ne sont pas des obstacles à l’égalité des genres; ils y participent essentiellement. Lorsqu’on leur donne les outils, la confiance et les conseils appropriés, les garçons peuvent devenir de puissants défenseurs de l’inclusion et de la transformation de genre.
Une vision qu’il est possible de mettre à l’échelle
S’appuyant sur l’étude exploratoire mondiale qui lui est associée, l’initiative Lever les barrières achève actuellement l’élaboration d’une intervention déclinée en plusieurs volets qui sera adaptée et mise à l’essai au Malawi, en septembre 2025.
Notre modèle est intentionnellement conçu pour fonctionner à plusieurs échelons du cadre socio-écologique, mobilisant toutes les parties prenantes clés qui influencent les expériences éducatives des garçons. Nous estimons qu’un changement évolutif et durable nécessite des efforts coordonnés qui impliquent non seulement les garçons eux-mêmes, mais aussi leurs pairs, les personnels de l’éducation, les familles et les communautés, ainsi que les parties prenantes politiques et gouvernementales qui façonnent les systèmes propres à ces contextes.
C’est un pas de plus pour ne laisser personne de côté
En fin de compte, notre travail ne se limite pas à améliorer l’accès des garçons à l’éducation. Il s’agit de transformer les normes de genre et les dynamiques de pouvoir qui façonnent comment les garçons se perçoivent eux-mêmes, comment ils perçoivent les autres, et comment les autres les perçoivent. Cela signifie remettre en question les idées limitantes portant sur la masculinité qui découragent les garçons d’exprimer leurs émotions, de chercher du soutien, ou encore d’embrasser la réussite scolaire. Cela signifie créer des environnements d’apprentissage qui affirment la pleine humanité des garçons et les aident également à devenir des personnes plus empathiques, respectueuses et équitables.
Alors que nous continuons à faire pression pour l’égalité des genres en éducation, nous devons également élargir notre perspective. Si nous voulons « ne laisser aucun enfant de côté », nous devons aussi reconnaître à quel point les normes de genre nuisent et restrictives aux garçons et limitent leur potentiel – non pas par rapport aux filles, mais par rapport à ce qu’elles pourraient devenir. Les garçons méritent d’avoir la chance de s’épanouir, et cela commence résolument par remodeler ce que signifie être un garçon et un homme dans les écoles, les communautés et la société en général.