Les jeunes mènent la transformation : Portrait d’une actrice du changement en Zambie pour l’apprentissage dirigé par les enfants
À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation 2026, dont le thème met à l’honneur la jeunesse en tant que co‑créatrice de l’éducation, le parcours de Natasha Nyangwete illustre parfaitement cette vision. Enseignante en éducation de la petite enfance (EPE) en Zambie, elle incarne une nouvelle génération de pédagogues qui remettent en question les méthodes d’enseignement traditionnelles et redéfinissent notre conception même de l’apprentissage.
Le GPE KIX s’est entretenu avec Natasha pour discuter de son parcours, de sa vision pour transformer l’EPE en Zambie et des raisons pour lesquelles les jeunes doivent être reconnus comme des partenaires à part entière pour résoudre les défis de l’éducation.
En Zambie, les enseignantes et enseignants de la petite enfance ont longtemps été stigmatisés, pourtant vous avez choisi de consacrer votre carrière à transformer l’EPE. Qu’est‑ce qui vous a motivée à vous engager dans ce domaine ?
Pendant longtemps, l’EPE en Zambie a été incomprise et sous‑valorisée, car elle s’est développée de manière informelle, à travers des membres de la communauté qui s’occupaient des enfants sans formation spécialisée. Même après la formalisation de l’EPE en 2013, les perceptions négatives ont persisté : les enseignantes et enseignants étaient souvent considérés comme moins qualifiés, malgré la reconnaissance officielle du secteur. Bien que les attitudes communautaires évoluent lentement, cette histoire est ce qui m’a d’abord motivée à changer la façon dont l’EPE – et celles et ceux qui l’enseignent – sont valorisés dans mon pays.
Fait intéressant, je n’ai pas immédiatement réalisé que l’enseignement serait mon parcours. Ma mère a vu ma passion pour le travail avec les enfants avant moi. J’ai donc commencé par un diplôme en EPE, puis j’ai poursuivi un baccalauréat. Au fil du temps, mon intérêt s’est élargi : je ne m’intéressais plus seulement à l’enseignement, mais aussi à la manière dont les enfants apprennent le mieux. Je suis devenue convaincue que les enfants devraient pouvoir apprendre selon leurs centres d’intérêt naturels, plutôt que d’être plongés trop tôt dans des structures académiques rigides.
Grâce à mon travail avec Zambia Open Community Schools (ZOCS) et à mon engagement dans le projet de recherche Mise à l’échelle de l’initiative pour la préparation à l’école soutenu par le GPE KIX, j’ai eu l’occasion de mettre cette philosophie en pratique.
Quels changements souhaitez‑vous voir dans les systèmes éducatifs, et pourquoi sont‑ils importants pour vous ?
Je souhaite que les systèmes éducatifs s’éloignent des approches rigides et uniformes pour permettre aux enfants d’apprendre selon leurs intérêts naturels. Je constate qu’ils savent déjà ce qu’ils souhaitent faire et comment ils veulent apprendre, mais nous les limitons souvent en imposant des contenus qui ne soutiennent pas réellement leur développement. Certains enfants veulent cuisiner, d’autres réparer des objets, d’autres encore créer de l’art. Lorsque nous autorisons les enfants à explorer leurs passions, nous pouvons mieux repérer leurs talents et les accompagner de manière significative. Cela me tient à cœur, car l’apprentissage doit être pertinent et valorisant, pas restrictif ni pesant.
Vous avez participé à l’Initiative GPE KIX sur la préparation à l’école en Zambie, où vous avez été reconnue pour votre travail sur l’apprentissage par le jeu et avez obtenu une bourse pour poursuivre une maîtrise. Comment cette expérience a‑t‑elle transformé votre approche pédagogique ?
L’Initiative du GPE KIX a été un tournant pour moi. Être reconnue pour mon travail sur l’apprentissage par le jeu et recevoir une bourse pour poursuivre ma maîtrise a renforcé ma confiance dans les approches centrées sur l’enfant. J’ai pu mieux comprendre comment ancrer l’apprentissage dans les intérêts des enfants tout en soutenant leur développement académique. J’ai compris que la lecture, l’écriture et les mathématiques doivent soutenir les rêves des enfants et les activités qui leur procurent de la joie. Lorsqu’ils en prennent conscience, l’apprentissage cesse d’être un fardeau : il devient porteur de sens et de motivation. Cette expérience m’a également encouragée à aider d’autres enseignantes et enseignants à adopter ces approches.
Dans certaines communautés, appliquer l’apprentissage centré sur l’enfant implique de remettre en question des croyances profondément ancrées, notamment chez les parents. Comment les convainquez‑vous que le jeu est bel et bien une forme d’apprentissage ?
Convaincre les parents et les membres de la communauté nécessite de la patience et des démonstrations concrètes. Beaucoup de parents pensent au départ que l’apprentissage ne se produit que lorsque les enfants sont assis à un pupitre, en train d’écrire ou de faire des exercices. Grâce à l’Initiative soutenue par le GPE KIX, j’ai appris à établir un lien entre la maison et l’école en montrant que le jeu guidé et responsable favorise de meilleurs résultats d’apprentissage. Lorsque les parents constatent que leurs enfants sont plus engagés, plus en sécurité et qu’ils développent des compétences essentielles grâce au jeu, leur perception change. Avec le temps, même les parents les plus sceptiques comprennent que le jeu n’est pas le contraire de l’apprentissage : c’en est une forme puissante. Ils ont observé une amélioration de la confiance, de la communication et de la participation des enfants. C’est ce que j’ai étudié dans mes travaux de maîtrise, qui ont porté de très près sur l’environnement d’apprentissage à la maison.
En tant que jeune enseignante, pourquoi est‑il essentiel que les jeunes aient une voix réelle dans les décisions éducatives, non seulement en tant qu’élèves mais en tant que partenaires ?
Les jeunes doivent avoir une voix authentique, car ils apportent des perspectives nouvelles aux défis éducatifs. Les jeunes ne sont pas seulement des apprenants : ce sont aussi des solutionneurs de problèmes qui vivent le système de l’intérieur. Quand les jeunes éducatrices et éducateurs et les élèves sont exclus des décisions, on passe à côté d’occasions d’innovation et de changement. En les considérant comme des partenaires plutôt que comme de simples participants, on construit des systèmes éducatifs plus réactifs, inclusifs et efficaces.
Le GPE KIX relie chercheurs, décideurs et praticiens pour partager des données probantes et des innovations adaptées aux défis locaux. Comment les jeunes peuvent‑ils contribuer à ce type de collaboration et en bénéficier ?
Grâce à des plateformes comme le GPE KIX, les jeunes peuvent partager des données issues de leur pratique, échanger sur les résultats de recherche, écrire des articles, contribuer à des études de cas, utiliser les réseaux sociaux et participer à des dialogues d’apprentissage. Ils peuvent présenter leurs idées d’une manière compréhensible et respectée par les décideurs.
En même temps, l’exposition à des discussions fondées sur des données probantes renforce leur confiance et leur littératie en recherche, ainsi que leur pensée critique et leur capacité d’engagement politique. Cela les aide à comprendre ce qui fonctionne, ce qui a été testé et où se situent les lacunes. Ils peuvent plaider pour le changement avec clarté et intention, que ce soit en influençant les pratiques en classe, en mobilisant les communautés ou en participant aux discussions politiques.
L’accès aux données n’est utile que lorsqu’il influence réellement les pratiques et les politiques. Comment les jeunes leaders peuvent‑ils utiliser les données issues de projets comme le GPE KIX pour faire avancer le changement ?
Les données et les résultats de recherche offrent aux jeunes leaders une base solide pour plaider en faveur du changement. Lorsqu’ils utilisent les données issues de programmes comme le GPE KIX, leurs idées gagnent en crédibilité et deviennent plus difficiles à ignorer. Les données permettent de transformer des expériences personnelles en arguments éclairés qui peuvent influencer les discussions politiques, les pratiques communautaires et les approches pédagogiques. En mobilisant les résultats de recherche, les études de cas et les données des initiatives soutenues par le GPE KIX, nous, jeunes leaders, sommes mieux outillés pour comprendre ce qui fonctionne, pourquoi cela fonctionne et dans quelles conditions. Grâce à cela, nous pouvons dépasser un plaidoyer fondé uniquement sur la passion pour proposer aux décideurs, aux directions d’école et aux communautés des solutions fondées et réalisables.
Une nouvelle génération d’apprenantes et apprenants
La vision ultime de Natasha est pleine d’espoir : des salles de classe qui forment « une nouvelle génération » d’apprenantes et apprenants – autonomes, motivés et vraiment engagés. Des enfants qui comprennent que maîtriser la lecture, l’écriture et les mathématiques leur permet de poursuivre leurs passions, et non de répondre aux attentes des autres.
En cette Journée internationale de l’éducation, Natasha nous rappelle que l’engagement significatif des jeunes exige plus que la consultation : il nécessite de la confiance, de la collaboration et un espace pour que les jeunes co‑créateurs agissent en tant que partenaires égaux, porteurs de contributions essentielles.
Ressources :
- En savoir plus sur l’Initiative pour la préparation à l’école en Zambie
- Visiter la page de la Journée internationale de l’éducation 2026 de l’UNESCO
- Manuel pour un engagement significatif des jeunes – UNESCO