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La façon dont la Gambie modernise les données éducatives : Aperçu du 2e Café du savoir du programme Partage de connaissances et d’innovations (KIX) sur les systèmes de données éducatives

Par: Seedy Ahmed Jallow, Lukman Olawale Jaji, Sophia Kousiakis | Posted:
GPE KIX Books
Crédit
GPE/Rodrig Mbock

Lors du 2e Café du savoir KIX sur les systèmes de données éducatives, la Gambie a fait part d’une expérience pertinente qui va bien au-delà de ses frontières : la façon dont un petit pays repense la manière dont les données éducatives sont collectées, échangées et utilisées. Ce changement a été audacieux, mais pratique, passant des annuaires statiques en format PDF aux tableaux de bord en temps réel, des résumés nationaux aux dossiers individuels des élèves, et d’un rapport de haut en bas à une implication communautaire renforcée.

Au cœur de ce changement se trouve le Centre de données éducatives du ministère de l’Éducation de Base et Secondaire (MOBSE) qui sert de modèle pour d’autres pays du continent, car son équipe travaille à moderniser ses systèmes d’information de gestion de l’éducation (SIGE).

Du recensement annuel aux tableaux de bord dynamiques

Jusqu’à récemment, les données éducatives en Gambie suivaient un rythme familier. Au mois de novembre, les écoles remplissaient les formulaires papier annuels de recensement qui étaient ensuite vérifiés et traités sur plusieurs mois. Les résultats étaient publiés en mai dans un épais annuaire statistique. Bien que ces publications fournissaient des données précieuses, elles arrivaient souvent trop tard. Les écoles avaient déjà changé, le personnel enseignant avait été réaffecté, et les schémas d’inscription avaient changé.

Avec le passage à une plateforme source ouverte initialement conçue pour l’information de la santé, la gestion des données éducatives a été transformée. Au lieu d’attendre des mois pour un annuaire complet, les responsables des décisions, les responsables régionaux et même les responsables des écoles peuvent maintenant se connecter aux tableaux de bord en direct du Centre de données éducatives (CDE) du MOBSE qui se met à jour à mesure que de nouvelles informations arrivent. 

Les données historiques du recensement ont été transférées au CDE, créant des archives interactives pour l’analyse des tendances. De nouveaux modules sur la présence quotidienne et les résultats des examens fournissent des informations presque’en temps réel directement au CDE, permettant une prise de décision plus rapide et fondée sur des preuves.

Le message de l’équipe de la Gambie au Café du savoir était simple, mais puissant : les données ne sont plus seulement un outil pour faire des rapports de bas en haut. Elles deviennent une ressource plus accessible pour la planification, la résolution de problèmes et la responsabilité à tous les paliers du système éducatif.

Du suivi agrégé au suivi individuel

L’un des changements les plus importants dans les réformes éducatives en Gambie a été le passage aux données individuelles sur les élèves. Par le passé, le SIGE se concentrait sur les chiffres à l’échelle scolaire : le total des inscriptions, la répartition par genre, classes et personnel enseignant. Bien qu’utile, cette approche masquait des détails clés, comme quels enfants et jeunes abandonnaient l’éducation ou comment la pauvreté et l’emplacement nuisaient à l’apprentissage.

En commençant par des projets pilotes en 2020, le MOBSE a lancé un registre numérique des étudiantes et étudiants. Chaque élève a reçu une carte d’identité unique et les écoles ont commencé à consigner des informations sur le milieu socio-économique, la fréquentation et la progression. Le projet pilote, mis à l’essai avec des Chromebooks dans 200 écoles, s’est depuis étendu à l’échelle nationale. Aujourd’hui, près de 80 % des élèves gambiens participent.

Ce déploiement étape par étape a changé les choses. En ajoutant des données individuelles aux agrégats traditionnels, la Gambie peut désormais suivre des enjeux comme les points névralgiques des abandons, les disparités régionales et les répercussions d’interventions précises. Avec des outils comme le SIGE pour les écoles (SIGEE), les écoles elles-mêmes ne se contentent pas de fournir des données dans un flux unidirectionnel ascendant, mais sont de plus en plus motivées à analyser et utiliser les données pour leurs propre planification et amélioration.

Bulletins scolaires et mobilisation communautaire

Les réformes de la Gambie rapprochent les données des communautés. Le bulletin scolaire, présenté dans des tableaux de bord, donne le rendement scolaire sous forme de visuels clairs et accessibles que les parents, personnel enseignant et comités de gestion scolaire peuvent facilement interpréter.

Plutôt que d’attendre les réunions annuelles ou de s’investir dans de longs rapports, les communautés peuvent maintenant consulter des informations à jour sur les ressources, la fréquentation et les résultats d’apprentissage. Ce changement apporte non seulement de la transparence, mais aussi une capacité d’agir. Les parents peuvent demander pourquoi les taux de fréquentation baissent, les comités peuvent demander plus de personnel enseignant et les personnes dirigeantes locales peuvent mobiliser un appui fondé sur des données probantes en lesquelles elles ont confiance.

« L’équité n’est pas seulement une question de politique du haut vers le bas. Elle dépend aussi de ce qui se passe en bas, où les communautés utilisent les données pour promouvoir l’équité et la qualité. Le bulletin scolaire offre un moyen pratique de transformer ce principe en pratique. » - Seedy Admed Jallow

Pourquoi cela est-il important pour le programme de réforme du SIGE en Afrique?

L’expérience de la Gambie survient à un moment où de nombreux pays africains repensent leur gestion des données éducatives. Dans l’ensemble du continent, les systèmes dépendent encore de cycles centralisés, sur papier dont les résultats sont lents à être produits et masquent souvent les inégalités qui entravent le progrès vers l’objectif de développement durable 4 (ODD4) et la Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique (CESA).

En montrant comment une plateforme source ouverte peut être adaptée à l’éducation, la Gambie offre un modèle concret pour la réforme du SIGE. Le secteur de la santé a déjà démontré comment les plateformes de source ouverte peuvent gérer des données décentralisées à grande échelle. Aujourd’hui, l’éducation commence à suivre la même voie avec la Gambie comme pionnière pour faire avancer ce modèle pour d’autres dans l’ensemble de l’Afrique et au-delà.

Ce qui rend ce cas particulièrement pertinent, c’est l’accent mis sur l’institutionnalisation. Les réformes vont au-delà de la technologie. Elles sont concentrées sur le développement de l’appropriation à l’échelle régionale, la formation du personnel et l’intégration de nouvelles pratiques dans les routines scolaires quotidiennes. Des partenariats avec l’Université de Gambie, l’IPED de l’Ouest et centrale, ainsi que des partenaires internationaux, ont créé un réseau de soutien qui relie l’innovation technique au renforcement des capacités à long terme.

Points importants pour d’autres pays

La délégation de la Gambie a clôturé sa séance du Café du savoir par des réflexions qui résonnent au-delà des frontières :

  • Commencer simple, puis construire à partir de là : numériser les annuaires existants en tableaux de bord a été une réussite facile qui a démontré la puissance du système, créant un élan de changement
  • Mettre en place des projets pilotes, apprendre, étendre : le registre des élèves a commencé comme un petit projet pilote, offrant de l’espace pour tester et s’adapter avant de s’étendre à presque tout le pays
  • Garder l’équité au cœur de la réforme : en recueillant des données individuelles, les gouvernements obtiennent une image plus claire de qui est laissé pour compte et peuvent agir pour combler l’écart
  • Investir dans les gens, pas seulement dans la technologie : les formations régionales, les ateliers et les partenariats universitaires développent les compétences et le leadership nécessaires pour soutenir le système au fil du temps 

Mobiliser les communautés : des outils comme le bulletin scolaire démontrent que les données ne sont pas seulement destinées aux personnes responsables des politiques, mais peuvent servir de pont entre les écoles et la société.
 

Perspectives d’avenir

L’histoire de la Gambie n’est pas seulement sur la construction d’un Centre de données éducatives. Il s’agit de remodeler la relation entre les données et la prise de décision. En passant des rapports statiques aux tableaux de bord dynamiques, des agrégats au suivi individuel, et des bureaux fermés à la mobilisation communautaire ouverte, le pays montre à quoi peut ressembler un SIGE axé sur l’équité en Afrique.

Pour les pays du continent confrontés à des défis semblables, la Gambie offre une leçon simple, mais puissante : les réformes des données ne concernent pas seulement la technologie. Elles sont axées sur l’équité, la responsabilité et le fait de donner à chaque enfant la chance d’être vu.