Des données pour l’excellence : cocréer des solutions pour obtenir des résultats d’apprentissage équitables en Tanzanie
Depuis 2020, le programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE KIX), en collaboration avec le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, appuie le renforcement des systèmes de données pour l’éducation.
Dans ce billet de blogue, Festo Mboya, gestionnaire de la recherche et de l’apprentissage en matière de suivi et d’évaluation au CAMFED en Tanzanie, et Anna Sawaki, directrice des programmes et des partenariats du CAMFED en Tanzanie, détaillent le processus collaboratif visant à améliorer la collecte et l’analyse des données dans les écoles en Tanzanie. Effectué en étroite collaboration avec le gouvernement et les communautés scolaires de tout le pays, le travail vise à exploiter le pouvoir des données et à soutenir l’amélioration des résultats d’apprentissage, en particulier pour les filles marginalisées.
En Tanzanie, une mobilisation nationale pour l’introduction et le soutien de systèmes d’éducation inclusifs et équitables a entraîné d’importants changements politiques, notamment l’annulation en 2021 d’une décision qui empêchait les jeunes mères de retourner à l’école. Cependant, pour que ces modifications de politique engendrent des changements significatifs dans la pratique à l’échelle infranationale et des résultats d’apprentissage inclusifs et équitables pour l’ensemble des élèves, en particulier les filles, les processus de collecte, d’interprétation et d’utilisation des données sur l’éducation doivent être renforcés.
Le CAMFED s’est donc lancé dans un projet de recherche financé par le GPE KIX en 2024 pour renforcer les systèmes de données sur l’éducation afin qu’ils répondent mieux aux besoins des apprenantes et apprenants marginalisés en Tanzanie. Le projet utilise une approche collaborative et participative pour réunir les parties prenantes gouvernementales et scolaires afin de cocréer des solutions ayant un impact durable. Il s’appuie sur le modèle existant de données pour l’excellence en éducation du CAMFED, qui s’est avéré capable de libérer le pouvoir des données et des communautés scolaires pour éliminer les obstacles à l’éducation des filles. Ce modèle est éclairé par des spécialistes à l’échelle locale et sera adapté avec leur soutien pour s’assurer de sa pertinence sur le plan contextuel de la Tanzanie.
Développer une approche de cocréation
Au cours de sa première année, le projet s’est concentré sur l’établissement des systèmes et des partenariats nécessaires pour s’assurer que la recherche s’inscrit dans le contexte tanzanien et y répond. Une étape importante a été la mise sur pied d’un groupe de travail technique de 20 membres, composé de membres du ministère de l’Éducation de la Tanzanie, du Bureau du président pour l’administration régionale ainsi que des gouvernements locaux et des parties prenantes au niveau des écoles. La cartographie des parties prenantes a été effectuée avant la création du groupe de travail technique pour s’assurer que toutes les voix pertinentes étaient incluses et entendues dans cette collaboration.
Depuis sa création, le groupe de travail technique a joué un rôle déterminant dans l’orientation de la recherche, en veillant à ce qu’elle s’harmonise avec les politiques et les priorités nationales en matière d’éducation afin que le travail soit pertinent au contexte local. Les réunions trimestrielles du groupe et le processus d’élaboration mixte ont contribué à un plus grand sentiment de propriété des données chez les représentantes et représentants gouvernementaux et à une meilleure compréhension des défis contextuels particuliers au sein de l’équipe de projet du CAMFED.
Le CAMFED a retenu les services du Groupe Altamont, un partenaire de recherche régional, pour soutenir la conception et la mise en œuvre de l’étude et apporter son expertise technique aux processus de collecte, d’analyse et de production de rapports de données.
Comprendre les obstacles propres à chaque pays à l’utilisation efficace des données
Le groupe de travail technique et le CAMFED ont effectué une analyse de la situation et des besoins dans six districts de la Tanzanie rurale. Elle a permis de mieux comprendre la manière dont les données sur l’éducation sont actuellement saisies et utilisées et a cerné les domaines où la collecte et l’utilisation des données pourraient être améliorées. Nous avons constaté que, bien que la Tanzanie dispose d’un système de données sur l’éducation structuré à plusieurs niveaux capable de suivre des indicateurs clés tels que l’assiduité et le rendement scolaire, l’utilisabilité des données à l’échelle de l’école est limitée par une capacité réduite du personnel, une infrastructure et des ressources restreintes et l’absence de données qualitatives complémentaires.
De plus, bien que les données recueillies sur le décrochage scolaire soient détaillées, elles sont souvent regroupées dans des rapports publics sous de grandes catégories telles que l’absentéisme. Cette approche rend difficile de saisir les vulnérabilités particulières qui entraînent les élèves, en particulier les filles, à quitter l’école en raison d’obstacles croisés. Ces constatations de l’analyse de la situation et des besoins soulignent la nécessité d’une transparence et d’une granularité plus grandes dans la communication des données afin de faciliter des interventions ciblées et éclairées.
La participation des membres du groupe de travail technique en tant que cochercheuses et cochercheurs actifs ainsi que collaboratrices et collaborateurs stratégiques à la conception de l’évaluation de la situation et des besoins et à l’analyse des résultats a permis au CAMFED d’apprendre de leurs expériences de terrain et de leur expertise locale, approfondissant ainsi notre compréhension du fonctionnement pratique des systèmes de données nationaux. Notre partenariat continu s’avérera essentiel dans les prochaines phases du projet de recherche, lorsqu’une feuille de route pour renforcer l’utilisation des données à l’échelle locale et infranationale sera élaborée. Les niveaux communautaire, de district, de quartier et national représentés au sein du groupe de travail technique seront essentiels pour s’assurer que le modèle que nous élaborons conjointement est à la fois pertinent et réalisable pour une mise en œuvre à l’échelle nationale.
Perspectives
Maintenant que les fondements du projet sont en place, le CAMFED et le groupe de travail technique superviseront une étude pilote visant à déterminer dans quelle mesure le modèle Data for Education Excellence (Des données pour l’excellence en éducation) peut être adapté et adopté pour renforcer l’utilisation des données dans les écoles publiques.
L’étude pilote fournira des informations précieuses pour la phase finale du projet, au cours de laquelle le CAMFED et le groupe de travail technique exploreront comment l’utilisation accrue des données à l’échelle infranationale pourrait être intégrée à grande échelle pour contribuer de manière significative à la réforme des données nationales sur l’éducation et à des solutions équitables pour améliorer les résultats d’apprentissage dans toute la Tanzanie.
Festo Mboya est un professionnel expérimenté du suivi et de l’évaluation avec plus de 10 ans d’expérience dans la recherche, les systèmes de données et l’évaluation dans les secteurs de la santé et de l’éducation. En tant que gestionnaire de la recherche et de l’apprentissage en matière de suivi et d’évaluation au CAMFED en Tanzanie, il dirige la planification des programmes, la gestion des données ainsi que les processus d’apprentissage, et contribue à la prise de décisions fondées sur des données probantes et aux efforts de renforcement du système.
Anna Sawaki est directrice des programmes et des partenariats de CAMFED en Tanzanie, où elle joue un rôle clé dans la mise en œuvre et la mise à l’échelle d’initiatives qui aident les filles marginalisées de Tanzanie à aller à l’école et les jeunes femmes à obtenir des occasions après l’école et à devenir financièrement indépendantes. Anna favorise également les partenariats avec des parties prenantes gouvernementales et non gouvernementales afin d’exercer un impact durable dans l’éducation et de promouvoir l’équité pour les filles marginalisées.