Au-delà de l’adoption — Comment le GPE KIX contribue à faire fonctionner l’apprentissage accéléré à grande échelle en Éthiopie
Depuis plusieurs années, l’Éthiopie s’efforce de faire en sorte qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte dans son éducation. Cette volonté a suscité un changement stratégique audacieux : l’intégration d’un modèle éducatif de rattrapage portant le nom de Programme d’apprentissage accéléré (PAA) dans le système éducatif national. L’objectif est d’atteindre les enfants qui ont dépassé l’âge normal de début ou de fin de l’enseignement primaire ou secondaire, et qui ne sont inscrits dans aucun programme scolaire.
Si l’Éthiopie a déjà adopté le PAA dans le cadre d’une politique nationale, d’importants défis subsistent pour la mise en œuvre. Avec le soutien du programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE KIX), le cabinet de conseil en philanthropie Geneva Global Ethiopia réalise des recherches sur la méthode de mise en œuvre du programme sur le terrain afin de déterminer ce qui fonctionne, les domaines où des lacunes persistent et comment le PAA peut être efficacement mis à l’échelle dans l’ensemble des régions — en particulier dans les contextes touchés par le conflit.
Pour renforcer le processus d’adoption du PAA, l’Éthiopie doit :
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Élaborer des « documents-relais », à savoir des manuels, des grilles d’évaluation et des boîtes à outils permettant de traduire la politique en actions;
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Normaliser la formation en créant un cadre national pour les compétences et la certification des intervenantes et intervenants;
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Adapter la supervision ainsi que le suivi et l’évaluation en concevant des systèmes adaptés aux besoins spécifiques du PAA.
D’un programme pilote à une politique
Le PAA offre un parcours d’apprentissage aux enfants âgés de 10 à 14 ans qui ont manqué les premières années de l’enseignement primaire. Il s’appuie sur des programmes d’études condensés et des méthodes centrées sur l’élève pour leur permettre de passer de la première à la troisième année en seulement un ou deux ans au lieu de trois. Cette approche est à la fois inclusive et rentable.
En 2011, Geneva Global a introduit son modèle Speed School en Éthiopie afin d’offrir aux enfants non scolarisés âgés de 9 à 14 ans une seconde chance d’accéder à l’éducation formelle. En 2017, le Gouvernement éthiopien a commencé à mettre à l’essai cette méthode dans le cadre d’un programme pilote baptisé PAA. Après avoir constaté les effets de ce programme, le ministère de l’Éducation et les bureaux régionaux de l’Éducation ont pris trois mesures majeures pour institutionnaliser le PAA :
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Une directive nationale de mise en œuvre de l’éducation accélérée a été adoptée en 2023;
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Le PAA a été intégré dans les plans et les budgets régionaux de l’éducation;
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Des outils propres à chaque région, tels que les lignes directrices de l’Oromia et le manuel de formation du Tigré, ont été élaborés.
Ces mesures reflètent un engagement toujours plus fort à mettre à l’échelle le PAA au moyen d’une politique officielle.
Pratiques actuelles de mise en œuvre du PAA
Afin de mieux comprendre comment le programme Speed School est institutionnalisé, Geneva Global, avec le soutien du GPE KIX, effectue des travaux de recherche dans trois États régionaux afin de répondre aux questions suivantes :
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Quelles structures systémiques soutiennent activement l’instauration, le fonctionnement et la qualité des classes du PAA?
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Comment le PAA est-il intégré dans les politiques, plans, budgets et stratégies officielles du Gouvernement en matière d’éducation?
L’équipe de recherche a adopté à la fois une approche qualitative et une approche quantitative. Une étude de cas qualitative lui a permis d’explorer les expériences du personnel enseignant lors de l’adoption et de la mise en œuvre du PAA. Elle s’est appuyée sur une approche quantitative pour recueillir des données auprès des élèves, du personnel enseignant, des administrateurs et administratrices, des personnes chargées de la supervision et des parents dans trois régions touchées par le conflit. Les lignes directrices existantes ont complété les données qualitatives et quantitatives.
Conclusions de l’examen des politiques
Alors que l’Éthiopie poursuit son parcours pour veiller à ce qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte, l’intégration du Programme d’apprentissage accéléré (PAA) dans le système éducatif national marque une évolution stratégique significative. Si l’examen des politiques met en évidence des points forts encourageants, il révèle également la présence de lacunes importantes à combler pour concrétiser pleinement la vision du programme.
Pour ce qui est des points forts, les politiques bénéficient d’une solide reconnaissance. Le Programme d’apprentissage accéléré est désormais officiellement reconnu comme une voie légitime vers l’éducation de base universelle, ce qui témoigne d’un engagement de haut niveau de la part du Gouvernement.
Il existe en outre un solide fondement juridique. Les écoles publiques sont officiellement autorisées à mettre en œuvre le PAA au moyen de programmes d’études nationaux adaptés, ce qui contribue à ancrer le programme au sein du système éducatif formel.
Par ailleurs, les rôles institutionnels sont clairement définis. Les responsabilités sont réparties entre différents niveaux — du ministère aux bureaux régionaux en passant par les établissements scolaires, garantissant ainsi l’engagement d’une multitude de parties prenantes dans la mise en œuvre.
Enfin, l’équité bénéficie d’une attention particulière. Les politiques accordent la priorité aux groupes marginalisés, en particulier aux enfants déplacés et aux élèves majeurs, renforçant ainsi la mission inclusive du programme.
En parallèle, plusieurs lacunes subsistent. Tout d’abord, il n’existe pas de lignes directrices de mise en œuvre. Si l’orientation politique est claire et ambitieuse, la disponibilité de ressources pratiques, telles que des manuels, des cadres de formation et des outils de suivi destinés à guider la mise en œuvre sur le terrain, est limitée.
Ensuite, aucun cadre global ne régit la mise en œuvre du PAA. Plus précisément, il manque un cadre national de compétences pour les intervenantes et intervenants et les personnes responsables de la supervision, ce qui a des répercussions sur la cohérence et la qualité de la mise en œuvre.
Enfin, on observe un décalage avec le modèle Speed School. La directive prévoit en effet un rythme plus lent et un programme plus vaste, qui risquent d’atténuer l’efficacité du modèle initial, lequel avait été conçu pour être rapide et très ciblé.
What the quantitative data shows
Les quatre points suivants résument le principal message des données quantitatives :
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L’apprentissage fondé sur des activités est efficace et largement mis en pratique. Les personnes responsables de la supervision, les équipes de direction des établissements et le personnel enseignant déclarent l’utiliser régulièrement et sont généralement d’accord sur son efficacité.
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Les résultats d’apprentissage des élèves sont globalement positifs. La plupart des groupes constatent que les élèves suivant le PAA réussissent aussi bien, voire mieux, que les autres élèves, même si les opinions varient d’extrêmement favorables (pour les personnes responsables de la supervision) à plus neutres (pour le personnel enseignant du système classique).
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Les parents saluent de solides efforts d’inclusion. La plupart ont l’impression que les filles et les enfants présentant un traumatisme reçoivent une attention égale, même s’ils sont moins nombreux à penser qu’il en est de même pour les enfants en situation de handicap.
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La supervision et le soutien restent limités. Les enseignantes et enseignants du PAA bénéficient d’une supervision très restreinte, qui se limite souvent à une fois par an au maximum.
Ce que les entretiens qualitatifs ont révélé
L’adoption nationale du PAA en Éthiopie reflète une évolution prometteuse vers une éducation inclusive. Sa mise en œuvre révèle à la fois des réussites et des lacunes en matière de mise en œuvre.
Réussites
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Reconnaissance de l’efficacité du PAA. Le programme a permis d’atteindre les résultats d’apprentissage souhaités chez les enfants non scolarisés, ce qui a influencé la décision du ministère de l’Éducation de l’adopter à l’échelle nationale.
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Détermination des points forts spécifiques du PAA. Le programme condensé qui permet de couvrir plus rapidement le contenu — associé aux approches flexibles et centrées sur l’élève — a été reconnu comme l’un des points forts spécifiques du programme.
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Amélioration de l’apprentissage des élèves. Les responsables ont expliqué que la pédagogie centrée sur l’élève et flexible du PAA contribue à une meilleure acquisition des apprentissages par les élèves par rapport aux dispositifs conventionnels.
Lacunes
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Incohérences dans la mise en œuvre. Il existe des différences notables entre les régions en ce qui concerne la durée du programme et la qualité de la formation du personnel enseignant, ce qui met en évidence la nécessité de produire des lignes directrices nationales normalisées.
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Lacunes en matière de ressources et de formation. Les contraintes budgétaires limitent l’apport d’intrants essentiels et la formation complète du personnel enseignant. Il arrive souvent que les efforts de formation ne soient pas déclinés ou soutenus, ce qui affaiblit la qualité du programme.
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Insuffisance de la supervision et du perfectionnement professionnel. La supervision est irrégulière et manque de directives claires. L’apprentissage entre paires et pairs et le perfectionnement professionnel continu sont limités en raison d’un manque de motivation et d’un soutien systémique restreint.
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Déficiences en matière de données et de suivi. Les données sur les progrès des élèves et l’efficacité du personnel enseignant sont insuffisantes. De même, les programmes ne sont pas évalués de manière cohérente d’une région à une autre.
Pourquoi ces enseignements comptent
Pour les enfants qui ont manqué plusieurs années de scolarité, en particulier dans des contextes de conflit, l’éducation accélérée est plus qu’un programme — c’est une promesse de transformer leur vie. Nous leur devons de réaliser cette promesse.