Appel à transformer l’éducation en Afrique : briser le silence sur la dyslexie
La dyslexie touche des millions d’enfants en Afrique; pourtant, pendant trop longtemps, elle est restée invisible dans nos politiques éducatives, nos classes et nos conversations. Le 17 juin 2025, le Bureau régional de l’Afrique orientale et australe de l’UNICEF (ESARO), en collaboration avec l’Africa Dyslexia Organization (ADO) par l’intermédiaire du Pôle Afrique 19 du KIX, a mis ce problème en lumière lors d’un webinaire régional marquant. La séance a souligné l’urgence de reconnaître la dyslexie comme un obstacle crucial à la littératie et à l’inclusion.
La dyslexie est un trouble neurobiologique de l’apprentissage qui rend la lecture, l’orthographe et l’écriture difficiles, malgré une intelligence et des possibilités adéquates. Elle touche 1 enfant sur 5 dans le monde (en anglais), ce qui en fait l’une des difficultés d’apprentissage les plus courantes, mais aussi l’une des moins abordées dans les systèmes éducatifs africains. Dans de nombreuses classes, les enfants dyslexiques sont considérés à tort comme des élèves lents ou sont tout simplement ignorés. Le personnel enseignant manque souvent de formation, d’outils ou de sensibilisation pour les repérer et les soutenir. Les conséquences sont graves, notamment des taux élevés d’abandon scolaire, une faible estime de soi et un potentiel manqué, surtout pour les filles, qui font face au double fardeau des attentes et de la stigmatisation basées sur le genre.
La recherche (en anglais) montre que l’apprentissage de la lecture dans deux langues avec un problème de dyslexie entraîne un fardeau supplémentaire. En Afrique, de nombreux enfants apprennent dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle, ce qui augmente les exigences cognitives de la lecture. Ce phénomène est connu sous le nom d’« hypothèse du décalage », c’est-à-dire que même les élèves capables ont du mal à lire dans des langues qui leur sont inconnues. Pour les enfants dyslexiques, le fardeau devient encore plus lourd.
Les lacunes dans nos systèmes
La plupart des pays d’Afrique ont des systèmes éducatifs qui :
- ne reconnaissent pas explicitement la dyslexie dans les politiques.
- manquent de formation du personnel enseignant sur la façon de repérer et de soutenir les élèves dyslexiques.
- manquent d’outils nationaux de dépistage pour la détection précoce.
- Sous-investissent dans les programmes de littératie structurée qui ont prouvé leur efficacité.
- ne suivent pas les progrès des enfants dyslexiques, ce qui rend leurs résultats d’apprentissage invisibles.
Solutions systémiques et inclusives pour l’Afrique et au-delà
Lors du webinaire, des solutions innovantes ont été proposées par des personnes intervenantes de l’Africa Dyslexia Organization (en anglais) sur la manière dont nous pouvons nous améliorer :
1. Littératie structurée pour tout le monde
Les enfants dyslexiques tirent le meilleur parti d’une méthode pédagogique appelée littératie structurée (en anglais), qui est explicite, systématique et multisensorielle. Cela signifie que le personnel enseignant enseigne directement des compétences telles que la conscience phonémique, le décodage, l’orthographe et la compréhension dans un ordre clair et intentionnel. Contrairement aux approches globales, qui supposent que les enfants « apprennent » naturellement à lire, la littératie structurée utilise des échafaudages pour aider les élèves à acquérir des compétences en lecture et ne laisse rien au hasard.
2. Donner au personnel enseignant les moyens de reconnaître et d’intervenir
Le personnel enseignant constitue souvent la première ligne de soutien, mais de nombreuses personnes enseignantes déclarent se sentir mal préparées à repérer ou soutenir les enfants ayant des difficultés d’apprentissage. La formation initiale du personnel enseignant et le perfectionnement professionnel continu doivent inclure la reconnaissance des signes de dyslexie, l’application de stratégies pédagogiques inclusives et l’adaptation des évaluations et de l’enseignement en classe.
3. Mise à profit des technologies d’assistance
La technologie peut changer la donne pour les enfants dyslexiques, surtout dans les classes manquant de ressources. Des outils comme les logiciels de synthèse vocale, les applications de reconnaissance vocale, les livres audio et les jeux phonétiques numériques permettent aux élèves d’accéder au contenu et de démontrer leurs connaissances d’une manière qui correspond à leurs points forts. Même dans des contextes à faible connectivité, les solutions hors ligne et mobiles sont de plus en plus disponibles. Il est important de noter que les technologies d’assistance ne remplacent pas un bon enseignement; elles le renforcent en éliminant les obstacles et en favorisant l’autonomie de l’élève.
4. Enseignement tenant compte des spécificités linguistiques
Dans de nombreux pays africains, les enfants font face à un décalage entre la langue qu’ils parlent à la maison et celle utilisée à l’école. Cela peut retarder l’apprentissage de la lecture et masquer des troubles d’apprentissage tels que la dyslexie. Le personnel enseignant a besoin de soutien pour devenir conscient des spécificités linguistiques, et capable de comprendre l’impact de la langue sur la lecture, d’utiliser la langue maternelle ou des approches bilingues lorsque cela est possible, et d’élaborer du matériel adapté sur le plan linguistique et culturel.
5. Détection précoce et soutien continu
De nombreux pays africains manquent d’outils de dépistage et de systèmes d’aiguillage. Les écoles devraient effectuer des dépistages précoces et réguliers (idéalement dans les premières années de l’école primaire), former le personnel scolaire à repérer les signes de difficultés de lecture et à intervenir, et à orienter les élèves vers des interventions structurées et des services de soutien. Tout aussi importantes sont les évaluations inclusives qui permettent du temps supplémentaire, des réponses orales ou l’utilisation de technologies afin que les enfants dyslexiques puissent montrer ce qu’ils savent sans être pénalisés pour leur façon de lire ou d’écrire.
6. Construire des systèmes de soutien multisectoriels
Le soutien d’enfants dyslexiques n’est pas seulement le travail du personnel enseignant. Cela nécessite une équipe. Les ministères de l’Éducation doivent collaborer avec les établissements de formation du personnel enseignant, les professionnelles et professionnels de la santé et de la psychologie, les familles et les communautés, ainsi qu’avec les organisations axées sur le handicap et la littératie. Ce type d’intervention coordonnée garantit que les enfants ne passent pas entre les mailles du filet et que le personnel enseignant, les familles et les écoles reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour réussir.
Si nous ne reconnaissons pas la dyslexie, nous laissons tomber des millions d’élèves. En intégrant ces stratégies, les systèmes éducatifs en Afrique peuvent passer du silence et de la négligence à la reconnaissance, à l’intervention et aux résultats pour les enfants dyslexiques.
Dans le cadre de l’engagement du Pôle Afrique 19 du KIX en faveur d’une éducation inclusive et équitable, le Bureau régional de l’Afrique orientale et australe de l’UNICEF et l’Africa Dyslexia Organization sensibilisent conjointement à la dyslexie, fournissent des orientations fondées sur des données probantes aux ministères de l’Éducation et aux parties prenantes, et favorisent l’intégration des approches tenant compte de la dyslexie dans la formation du personnel enseignant, les programmes d’études et les politiques nationales de littératie, comprenant des recommandations pratiques pour la détection précoce, un enseignement efficace et des technologies d’assistance.