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Transformer les données en actions : faits saillants de la deuxième journée du 6e Symposium mondial GPE KIX

GPE KIX

Suite à  la première journée du 6e Symposium mondial du GPE KIX consacré à l'exploration du financement de l'éducation fondé sur des données probantes, la deuxième journée, le 10 décembre 2025, s'est concentrée sur la mise en œuvre pratique.

Présidé par Ian MacPherson, responsable du GPE KIX au sein du Partenariat mondial pour l'éducation (GPE), le deuxième jour a guidé les discussions sur la manière de traduire la recherche et les données en actions politiques concrètes. Les participantes et participants ont bâti sur les discussions concernant le rôle des données comme boussole pour le financement de l'éducation pour explorer les processus décisionnels des décideurs politiques et des outils utilisés par les chercheuses et chercheurs et les décideurs pour la mise à l'échelle et la planification financière.

Parcours vers l'adoption et le financement des innovations en matière d'éducation

Julie Delahanty, présidente du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), a prononcé le discours d'ouverture et a partagé un principe fondamental : « La recherche doit être menée par celles et ceux qui sont les plus touchés par les défis éducatifs », soulignant comment la recherche soutenue par le GPE KIX a façonné la politique d'éducation de la petite enfance au Soudan du Sud et les programmes d'alphabétisation au Kenya, en Ouganda et au Zimbabwe. Son message était clair : « Les données probantes sont essentielles à la prise de décision lorsque les ressources sont limitées. »

La première session, intitulée Au cœur du processus décisionnel : Parcours vers l'adoption et le financement des innovations en matière d'éducation, était animée par Brad Olsen, chercheur principal au Centre pour l’Éducation Universelle de la Brookings Institution, et réunissait les personnes intervenantes suivantes : Felix Mlusu, ancien ministre des Finances du Malawi ; Esthefani Cerrato, directrice des programmes et de l'évaluation au Secrétariat à l'éducation du Honduras, et Shailendra Jha, ancien membre du conseil d'administration de la Commission d'urbanisme de la ville métropolitaine de Katmandou. 

Pour lancer les discussions, M. Olsen a partagé ses réflexions sur la manière dont les responsables de l'éducation décident quelles innovations adopter, adapter et soutenir à grande échelle. La recherche Renforcer les connaissances et les capacités relatives à la mise à l’échelle de l’impact des innovations pédagogiques dans les régions en développement (ROSIE), soutenue par le GPE KIX, a étudié ce sujet et a constaté que la prise de décision des gouvernements est influencée non seulement par des processus formels et rationnels, mais aussi par des considérations politiques informelles, ce qui rend essentiel pour les défenseurs des données probantes de comprendre ces deux dynamiques. 

Olsen a également souligné le potentiel inexploité du niveau intermédiaire pour stimuler l'amélioration de l'éducation et mettre à l’échelle l'impact (en anglais), grâce à la connaissance du terrain de ce niveau, son positionnement unique et sa capacité à garantir l'appropriation locale.  Cependant, les gouvernements centraux impliquent rarement les fonctionnaires de niveau intermédiaire dans les décisions en matière d'innovation ; les données et les SIGE sont rarement utilisés pour la prise de décision par ceux-ci ; le leadership pédagogique du niveau intermédiaire est presque inexistant malgré le discours mondial ; l'apprentissage formel au sein des pays et entre les pays n'a pas lieu ; et l'engagement entre les bailleurs de fonds, les ONG et les acteurs de niveau intermédiaire reste minime.

Felix Mlusu a fait écho à Olsen, exprimant sa préoccupation de ne pas avoir constaté d'efforts significatifs pour impliquer les fonctionnaires de niveau intermédiaire dans la prise de décision au Malawi. « Les gouvernements sont perdants en ne faisant pas appel aux fonctionnaires de niveau intermédiaire, qui sont souvent utilisés uniquement pour la collecte de données », a-t-il déclaré. « La participation des fonctionnaires de niveau intermédiaire à la prise de décision est essentielle, car ce sont eux qui supervisent la mise en œuvre et comprennent les implications locales. » 

Lorsqu'elle a abordé les choix en matière d'innovation éducative, Esthefani Cerrato a présenté cinq facteurs décisionnels essentiels : le thème du projet, les acteurs clés, le contexte, le calendrier et l'investissement requis. Elle a expliqué que le Honduras dispose de capacités locales limitées et dépend fortement du personnel technique pour assurer la continuité lors des transitions gouvernementales.

Au Népal, Shailendra Jha a décrit les défis liés à la transition fédérale du pays, où les municipalités ont des mandats d'innovation, mais où les systèmes centralisés persistent. Le programme « Book Free Friday » (en anglais) mis en place avec succès à Katmandou a démontré que pour être efficace, la mise à l'échelle nécessite trois éléments : des personnes dirigeantes engagées, des capacités adéquates et des ressources suffisantes, ainsi qu'une collaboration impliquant plus de 200 parties prenantes. Cette initiative confirme que la décentralisation fonctionne et que des systèmes ouverts et flexibles favorisent l'innovation.

À la fin de la séance, le financement a été discuté et est apparu comme une contrainte majeure, la plupart des budgets consacrés à l'éducation étant absorbés par les salaires du personnel enseignant, ce qui souligne l'urgence d'une allocation des ressources fondée sur des données probantes afin de garantir une utilisation efficace des fonds limités.

Utiliser les données probantes sur les coûts pour mettre à l’échelle les innovations

La deuxième session, intitulée Développer et utiliser les données probantes sur les coûts de la mise à l'échelle des innovations, était animée par Joy Nafungo, spécialiste principale de programme au CRDI. Elle était accompagnée des panélistes suivants : Ratsiu Majara, secrétaire principal au ministère de l'Éducation et de la Formation du Lesotho ; Rosa Maria Moncada, coordinatrice du soutien aux pays, pôle ALC du KIX ; et Kodjo Aflagah, responsable de la recherche, Teaching at the Right Level Africa (TaRL).

Joy a commencé la session en expliquant que le calcul des coûts et la mise à l'échelle sont comme les deux roues d'un vélo : l'une ne peut avancer sans l'autre. Le calcul des coûts détermine les dépenses réelles liées à la mise en œuvre et à la mise à l'échelle d'une innovation, y compris les ressources, les activités et le financement nécessaires pour la soutenir. Cela devient de plus en plus crucial en raison des budgets nationaux limités consacrés à l'éducation, de la demande faite aux gouvernements de faire plus avec moins et de la réduction de l'aide étrangère. 

Les panélistes ont partagé leurs expériences et donné des exemples de la manière dont les outils d'évaluation des coûts et les recherches soutenues par le GPE KIX — sur l'enseignement au bon niveaul'adaptation et la mise à l'échelle des approches de développement professionnel des enseignants et l'intégration de la petite enfance dans la planification sectorielle — peuvent éclairer les décisions éducatives fondées sur des données probantes.

Aflage a présenté une étude sur le coût de l'approche TaRL en Côte d'Ivoire (en anglais) visant à déterminer si une formation décentralisée pouvait réduire les coûts tout en maintenant la qualité. Ils ont découvert que le recours à des personnes formatrices régionales plutôt qu'à des personnes formatrices nationales permettait d'obtenir la même qualité de formation tout en réduisant les coûts de six fois. « Les enseignantes et enseignants avaient le même niveau de connaissances lorsqu'elles et ils étaient formés par des personnes formatrices régionales que lorsqu'elles et ils étaient formés par des personnes formatrices nationales. Le ministère a adopté ce modèle pour le déploiement à l'échelle nationale », a noté Aflage. 

Au Honduras, Moncada a discuté des coûts de perfectionnement professionnel du personnel enseignant à l'aide du Childhood Cost Calculator (C3) (en anglais). L'analyse a révélé que la formation en ligne ne coûte que 20 % du coût de la formation en présentiel. Si les formats en présentiel nécessitent moins d'investissements dans la conception des programmes, la centralisation des sessions en présentiel augmente considérablement les coûts globaux. Des options hybrides permettant d'équilibrer les préférences des participantes et participants et les contraintes budgétaires ont donc été explorées. La même approche a permis de réaliser des évaluations financières plus importantes, notamment pour les programmes de diplôme secondaire en ligne.

Majara a expliqué comment, au Lesotho, la boîte à outils, Accélérateur préscolaire, a soutenu la planification des investissements dans l'éducation de la petite enfance (EPE) grâce à des actions de plaidoyer, à une coordination multisectorielle et à l'élaboration de programmes d'études. Le financement de l'EPE est resté stagnant à 7 % entre 2022 et 2025. « Les conclusions sont flagrantes », a déclaré Majara, montrant une augmentation marginale ou inexistante des ressources, ce qui fournit des preuves cruciales pour convaincre les partenaires des lacunes en matière de financement.

Dans son discours de clôture, Margarita Focas Licht, directrice des partenariats au GPE, a rappelé aux participantes et participants que le financement durable ne consiste pas seulement à collecter des fonds, mais aussi à faire en sorte que ces fonds transforment l'éducation de millions d'enfants. Elle a présenté trois engagements clairs pour l'avenir : promouvoir les investissements fondés sur des données probantes comme élément central du dialogue politique et de la mise en œuvre des politiques ; soutenir les modèles de financement qui permettent une innovation durable à grande échelle ; et renforcer le GPE KIX en tant qu'organisation mondiale fournissant des données probantes aux pays partenaires en fonction de leurs besoins et de leur contexte. 

Pour plus de détails, les diapositives présentées sont disponibles ici (en anglais). 

La voie à suivre

Le 6e Symposium mondial du GPE KIX a clairement mis en évidence une chose. Dans un monde où les budgets sont de plus en plus serrés et où le déficit de financement s'élève à 97 milliards de dollars, la prise de décision fondée sur des données probantes n'est pas facultative ; c'est la bouée de sauvetage qui garantit que chaque dollar transforme l'éducation. Les exemples de la Côte d'Ivoire, du Honduras, du Lesotho, du Malawi, du Népal, du Niger, du Sri Lanka et des Caraïbes prouvent que les innovations fondées sur des données probantes et ancrées localement peuvent être déployées à grande échelle lorsqu'elles s'appuient sur l'appropriation nationale, l'intégration des systèmes et l'investissement stratégique.

Alors que les systèmes éducatifs du monde entier sont confrontés à des pressions budgétaires sans précédent, le message du symposium résonne : nous devons être des chercheuses et chercheurs qui posent les questions difficiles, des bâtisseuses et bâtisseurs qui conçoivent des réponses adaptées au contexte et des actrices et acteurs du changement qui développent à grande échelle ce qui fonctionne. Avec les données comme boussole et la collaboration comme moteur, le chemin vers l'ODD 4 deviendra praticable.


Vous avez manqué le symposium ?

Les enregistrements des séances du deuxième jour sont désormais disponibles.

Pour avoir un aperçu des conversations passionnantes, des idées et des leçons précieuses tirées de la première journée du symposium, lisez l'article Exploiter les données probantes dans le financement de l'éducation