De la théorie à la pratique : autonomiser les enfants réfugiés dans toute l’Afrique de l’Est
FAWE, HERS-EA, and ACER UK policy round table with representatives from refugee and internally displaced settlements in Ethiopia, Kenya, and Uganda.
Des millions d’enfants réfugiés sont déplacés en Afrique de l’Est, principalement en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda, rencontrent des obstacles qui dépassent la salle de classe, comme la pauvreté, les traumatismes, la violence fondée sur le genre et un soutien insuffisant du personnel enseignant, et tout cela menace de nuire à leur avenir avant même qu’ils ne prennent pleinement leur envol.
Lorsqu’une fille de 16 ans s’absente de l’école parce qu’elle n’a pas de serviettes hygiéniques et fait face à des trajets dangereux, elle perd bien plus que l’apprentissage; elle perd aussi le leadership, l’amitié et l’espoir.
Bien que les programmes humanitaires visent principalement à inscrire les enfants à l’école, une question essentielle demeure : comment pouvons-nous nous assurer que ces élèves restent inscrits à l’école et puissent réussir?
Pour relever ces défis, un projet de recherche de 2025 sur les communautés de personnes réfugiées et déplacées à l’intérieur du pays (phase 2) menée par le Forum des éducatrices africaines (FAWE), HERS-EA et ACER UK, impliquant 784 élèves, membres du personnel enseignant, parents et leaders locaux de l’éducation dans l’ensemble de l’Éthiopie, du Kenya et de l’Ouganda, démontre que des modèles d’autonomisation comme l’initiative Tuseme, une approche théâtrale favorisant la voix, les compétences de vie et l’autonomie des élèves, peuvent aider les élèves réfugiés et des communautés d’accueil à retrouver un meilleur équilibre. Cependant, l’étude conclut aussi que des interventions mises en oeuvre uniquement dans le cadre du curriculum sont insuffisantes pour combler les écarts systémiques, la pauvreté et les traumatismes.
Le projet de recherche a permis de cerner des obstacles persistants, notamment l’absentéisme causé par la pauvreté, des filles qui s’absentent de l’école pendant leurs règles, des cicatrices émotionnelles causées par des conflits et du personnel enseignant non formé manquant de compétences psychosociales. Par exemple, à Dadaab, seulement 8 % des membres du personnel enseignant du primaire étaient certifiés à l’échelle nationale en 2018, tandis que la fréquentation des écoles secondaires dans les zones accueillant des personnes réfugiées en Ouganda n’est que de 9 %. Malgré ces défis, les élèves sont motivés, les écoles ont des clubs scolaires et les parents valorisent l’éducation.
Tuseme, qui signifie « Parlons » en kiswahili, offre une solution éprouvée. Cette initiative a été mise en œuvre dans les années 1990 pour autonomiser les élèves au moyen du théâtre, de la poésie et de la résolution de problèmes dans des clubs, développant ainsi la confiance, le leadership et les compétences en matière plaidoyer. Le projet de recherche adapte l’initiative Tuseme aux contextes de personnes réfugiées, intégrant notamment une pédagogie adaptée au genre et des cadres de soutien aux membres du personnel enseignant, et ce, afin de créer une feuille de route pratique et contextuelle.
Pour transposer les résultats de cette recherche en mesures concrètes, l’étude propose plusieurs recommandations. Cela comprend notamment l’intégration de modèles d’autonomisation dans les plans éducatifs nationaux, le financement de la formation du personnel enseignant et du soutien psychosocial, la fourniture de « trousses de dignité », la création de clubs scolaires inclusifs avec une direction tournante, et la facilitation du mentorat entre pairs. De plus, les ONG devraient se concentrer sur le renforcement des capacités à long terme et l’apprentissage à l’échelle du pays, tandis que les bailleurs de fonds sont encouragés à fournir un financement pluriannuel arrimé à des indicateurs.
Cette approche intégrée passe d’interventions à court terme à des réformes durables à l’échelle du système. Pour des millions d’enfants déplacés dans toute l’Afrique de l’Est, l’initiative Tuseme constitue bien plus qu’un club scolaire; c’est aussi un parcours vers le leadership, l’espoir et l’autonomisation durable.