Dans un nouveau rapport, l’Observatoire AdaptED détaille les enseignements tirés pour bâtir des systèmes éducatifs résilients aux catastrophes en Amérique latine et dans les Caraïbes
Vue surplombant San Salvador, El Salvador.
Alors que les aléas climatiques s’intensifient en Amérique latine et dans les Caraïbes, un nouveau rapport soutenu par le GPE KIX se penche sur la manière dont les systèmes éducatifs peuvent mieux se préparer aux catastrophes, y répondre et s’en relever, tout en veillant à la poursuite de l’apprentissage et à l’équité.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, les catastrophes perturbent de plus en plus les enseignements. Entre 2000 et 2019, plus de 11 millions d’enfants, d’adolescents et d’adolescentes de la région ont vu leur scolarité interrompue par environ 60 catastrophes. Ces catastrophes – qui résultent de l’interaction entre des aléas tels que les ouragans, les inondations, les séismes ou les éruptions volcaniques, et des vulnérabilités préalables – ont des répercussions bien au-delà des infrastructures. Elles interrompent l’apprentissage, augmentent les inégalités et menacent le droit à l’éducation de millions d’élèves.
Un nouveau rapport publié par l’Observatoire AdaptED (Observatoire pour la résilience éducative en Amérique latine et dans les Caraïbes) passe en revue les solutions qui permettraient aux systèmes éducatifs de mieux résister à ces perturbations. Le rapport intitulé Catastrophes et éducation en Amérique latine et dans les Caraïbes : impacts, défis et opportunités pour la résilience analyse les répercussions des catastrophes sur l’éducation et recense les pratiques prometteuses qui permettent de renforcer la résilience des systèmes éducatifs dans la région.
Il s’agit du premier d’une série de rapports thématiques de l’Observatoire AdaptED examinant les principales menaces pour la continuité éducative en Amérique latine et dans les Caraïbes.
À partir d’études de cas réalisées en Dominique, à El Salvador et à Saint-Vincent-et-les Grenadines, le rapport montre que les catastrophes antérieures ont souvent constitué des moments charnières pour les réformes éducatives. Dans chacun de ces pays, les ouragans, tempêtes, inondations, séismes, éruptions volcaniques et autres aléas ont révélé les vulnérabilités des systèmes éducatifs tout en incitant les pouvoirs publics à adopter de nouvelles stratégies, à réaliser des investissements et à mettre en place des mécanismes de coordination visant à protéger l’apprentissage et à favoriser le relèvement.
Les trois études de cas illustrent trois approches différentes mais complémentaires de la résilience éducative :
- À la suite de l’ouragan Maria en 2017, la Dominique a placé la résilience au cœur de sa stratégie nationale de développement. Guidé par le principe « reconstruire en mieux » (« build back better »), le pays a investi dans des infrastructures scolaires résilientes, a intégré la réduction des risques de catastrophe aux programmes et a renforcé la planification permettant d’assurer la continuité éducative dans les situations d’urgence.
- Saint-Vincent-et-les Grenadines a renforcé son approche centrée sur les établissements grâce à des politiques de sécurité scolaire, à des comités de sécurité scolaire, à des équipes étudiantes d’intervention d’urgence, à la formation du corps enseignant et à l’intégration de la réduction des risques de catastrophe et des changements climatiques dans les enseignements et les apprentissages.
- El Salvador a mis en place une stratégie institutionnelle et réglementaire solide, comprenant notamment des plans obligatoires de gestion des risques dans les écoles, un guide pour la protection scolaire, une coordination intersectorielle ainsi que des investissements en faveur d’infrastructures scolaires résilientes.
Le rapport souligne également que dans le domaine de l’éducation, les efforts en faveur de la résilience aux catastrophes ne doivent pas se limiter à la reconstruction des écoles et à la réouverture des classes. Les catastrophes entraînent des effets directs tels que les dégâts aux infrastructures, la fermeture des écoles et la perte de supports pédagogiques, et des effets indirects, par exemple, la perte de revenus pour les ménages, l’insécurité alimentaire, la migration, la violence et les problèmes de santé mentale. Ces effets indirects peuvent engendrer des conséquences à long terme sur la fréquentation, l’apprentissage, la poursuite des études, et le bien-être des élèves, en particulier pour celles et ceux qui présentent déjà des vulnérabilités.
Entre autres recommandations, le rapport appelle à mettre en place des cadres d’action et des mécanismes de coordination plus solides, à réaliser des investissements plus importants dans la préparation et la prévention, à améliorer la production de données probantes et à intégrer de manière systématique le changement climatique et la réduction des risques de catastrophe aux systèmes éducatifs. Il souligne également l’importance de veiller à ce que les efforts en faveur de la résilience répondent aux besoins des populations vulnérables et favorisent des possibilités d’apprentissage équitable.
Alors que les risques liés au changement climatique augmentent dans la région, le rapport appelle à l’adoption d’une approche plus globale de la résilience des systèmes éducatifs, qui protège la poursuite de l’apprentissage tout en luttant contre les conséquences sociales, émotionnelles, économiques et territoriales des catastrophes sur les élèves et les communautés. Pour garantir la résilience des systèmes éducatifs, conclut le rapport, il faut veiller à ce que tous les enfants et tous les jeunes puissent continuer à apprendre en toute sécurité et de manière équitable, même en période de crise.